"Auto fellation", "durex", "sodopsycho": ce n'est pas du Bigard ni du porno de seconde zone, mais quelques uns des titres des courtes histoires qui constituent Happy Sex, la dernière BD de Zep. Ou l'illustration en 60 pages que le sexe, pas de quoi en faire une montagne.
© Zep 2009 - Guy Delcourt Productions
Poupounet avale son viagra, mais ce soir Mamie préfère bouquiner son
James Ellroy. Poupounet s'endort en grommelant contre ce «
connard qui m'a fait gaspiller une érection à cinquante balles ».
En six cases et trois répliques,
Zep suggère un âge, un quotidien, une intimité de couple. Avant lui, on connaissait la BD érotique, la BD salace et rarement drôle.
Happy Sex, lui, parle juste... de sexe. Ejaculations précoces, expériences SM malheureuses, discussions entre copines au resto (« t'avales, toi ? »)... le père de
Titeuf replace la sexualité au cœur du quotidien, brisant par cette occasion ce qui subsistait de non-dit et de fantasme. Les personnages de Zep nous ressemblent ; c'est votre voisin dans le métro qui écrit « Allez l'OM » sur les fesses de sa partenaire, c'est votre collègue qui ne supporte que les capotes à la fraise, c'est vous qui... bref.
Même lorsqu'il s'adresse aux adultes, Zep conserve sa marque de fabrique : un bon vieux comique de situation, un art de la scénarisation qui évite au thème de s'essouffler, un trait fin qui dessine des personnages ni beaux, ni laids, ni tout à fait réalistes, puisqu'avant tout humoristiques. Happy Sex a le mérite de mettre tout le genre humain au même niveau. A poil, sur un lit ou dans un ascenseur, nous sommes tous les mêmes, le déroulement des événements se chargeant de distinguer ceux qui galèrent de ceux qui assurent (heureusement, la roue tourne). L'aplanissement vaut aussi pour les rapports homme / femme. Comme le dit avec justesse Zep, "les femmes dans la BD ont eu l'habitude d'être dessinées sous toutes les coutures", élevées (ou abaissées) comme objets érotiques ultimes par les dessinateurs. Dans Happy Sex, le sexe fort se débine souvent et en prend pour son grade ; les femmes aussi se retrouvent dans des positions inconfortables et/ou embarrassantes (la fausse bonne idée du portable en mode vibreur glissé sous la jupe...).
Le sexe - et non pas le cul - est, on le sait, une source inépuisable d'inspiration pour la comédie, au cinéma comme au théâtre ; Zep démontre qu'il se prête aussi bien à la BD. Là où Happy Sex signe un coup de maître, c'est qu'il ne cède jamais à la vulgarité. Il suffisait donc de regarder le sexe en face pour en pouvoir en parler et en rire ?
Happy Sex, de Zep, éditions Delcourt.
Madeleine Bourgois
Le 30 septembre 2009