Zep




Zep ne s'est pas endormi sur les lauriers du phénomène Titeuf: BD, série animée, Guide du zizi sexuel et enfin, expo à la Villette. Dans Happy Sex, le dessinateur s'adresse cette fois aux adultes, et comme à son habitude, outrepasse les tabous, avec bienveillance et humour. Rencontre.

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Photo: Laurent Seroussi

Lire des extraits de Happy Sex : extrait 1 / extrait 2 / extrait 3
© Zep 2009 - Guy Delcourt Productions

 

Fluctuat: Comment est venue l'envie d'Happy Sex ?
Zep: Le projet est ancien, mais il a mis du temps à arriver à maturation. Jusque-là, j'avais beaucoup abordé le sujet du sexe dans Titeuf, avec les craintes et les questions du monde des enfants. Cette fois-ci, j'avais envie parler de sexe du point de vue des adultes et de le traiter comme un sujet de société, raconter des histoires d'hommes et de femmes qui se rencontrent, ou pas, autour de la sexualité.


Vous avez aussi signé le Guide du Zizi sexuel. Pourquoi cette idée fixe autour du sexe ?
Dans Titeuf, c'est un des sujets abordés. On en a beaucoup parlé car ensuite il y a eu le Guide, l'exposition... Aussi parce que Titeuf a été pionnier pour évoquer ce sujet transgressif dans la BD jeunesse. Là, c'est très différent. Chez les adultes on parle tout le temps de sexe, en livres et en BD, mais je ne trouvais rien que j'avais envie de lire. Il y a de l'érotisme ou du porno chic, qui cherchent à susciter l'excitation du lecteur, ou alors de l'humour grivois ou corps de garde. Et il y a souvent pas mal d'hypocrisie : on veut faire de l'humour autour du sexe sans oser le montrer. Pour dessiner des femmes, aucun problème, car il y a une longue tradition du dessin de femmes nues dans la BD, mais lorsqu'il s'agit de dessiner des messieurs nus, là... Si on parle de sexe ou d'éjaculation précoce, il faut montrer un sexe qui éjacule, sinon ça n'a pas de sens. L'univers graphique se met au service de l'histoire. Le but n'était pas de montrer du sexe, mais de raconter des choses autour du sexe.


Comment échapper au vulgaire lorsqu'on parle de sexe ?
Déjà, au départ, ça n'est pas un thème vulgaire. Certaines personnes font de la BD érotique avec un sentiment de culpabilité, comme si c'était quelque chose d'interdit ou de caché. Or pour moi, le sexe est un sujet sain, central dans nos vies d'adultes. Pourquoi pourrait-on parler de travail, de politique, et pas de sexe ? Il fallait que mes dessins de sexe et de coït s'intègrent totalement à mon univers graphique. Finalement, dès la première page, on voit des gens nus faire l'amour et ça semble normal, vu le thème du livre.


Votre dessin se veut-il réaliste ?
Je ne suis pas tellement un auteur de fiction, je raconte des histoires du quotidien avec une part scénaristique et imaginative. Le domaine sexuel est surinvesti, peut être parce qu'on en parle peu, alors on en attend des choses formidables, on espère qu'il transfigurera la relation qu'on a avec l'autre. Au final, c'est juste du sexe. Comme lorsqu'on fait du sport ensemble, parfois ça marche, d'autres fois non.
La BD permet de dire beaucoup de choses que la littérature ne peut pas évoquer, grâce à son aspect visuel et burlesque, que le cinéma ne peut pas utiliser non plus, sinon on tombe dans quelque chose de trop X. On le voit quand les réalisateurs se confrontent au problème, ils ont du mal à échapper aux poncifs du genre. La distance qu'offre le dessin permet à la BD de parler de décrire des scènes très intimes sans être dans l'excitation, le côté fébrile... On le montre parce que c'est la réalité. Ce qui m'intéresse c'est l'enjeu sentimental qu'il y a autour du sexe, et le clash entre les hommes et les femmes qui ne l'investissent pas de la même façon.

Pensez-vous avoir réussi à dépasser le clivage des regards homme / femme ?
Mon regard reste bien sûr masculin, mais la démarche d'Happy sex est plutôt féminine. Sans le vivre de l'intérieur, j'ai l'impression que les femmes parlent plus naturellement de sexe. On sait ça depuis Sex and the city : inimaginable avec des hommes ! Eux se situent beaucoup plus dans le registre de la performance, aucun mec ne va raconter à ses copains qu'il a des problèmes d'éjaculation précoce pour les faire rire... Une femme se définit moins en tant que femme par sa performance sexuelle. Alors qu'un homme sans performances sexuelles n'est pas totalement un homme, dans la tradition. Happy Sex raconte davantage des ratages que des performances. Les femmes qui l'ont lu ont été fans tout de suite, alors que les hommes ont ri mais ont réagi par réflexe : « T'as pas peur de dire ça ? »


Peut être parce que l'image renvoyée des hommes n'est pas très flatteuse.
Aussi parce que c'est inhabituel de voir des histoires de sexe avec des hommes qui ont la bite qui ne bande pas , pour être cru. Alors que les femmes ont l'habitude d'avoir été dessinées sous toutes les coutures dans la BD, on garde l'image du mec comme celle de l'acteur porno, la machine à sexe...

L'approche change-t-elle quand on s'adresse à des adultes, par rapport aux enfants ?
Pour moi, non. Ma BD s'inscrit dans le jeu, l'humour, touche toujours une part d'enfance, même chez les adultes. Le dessin doit être burlesque, et toujours rattaché au réel. Titeuf au départ, c'était une série pour les adultes, je me suis aperçu que beaucoup d'enfants la lisaient en cours de série. Mon humour se situe entre le transgressif et l'infantile, j'ai besoin d'un rire originel, pas intellectuel. Le rire appelle quelque chose de physique, pour se libérer de choses qui nous angoissent, qu'on porte comme une honte, de sentiments malsains. J'ai besoin de ce rire là, celui qui n'a pas changé depuis qu'on est enfant.

Madeleine, Charlène Bouhet.

Sur Flu:

- Les BD de la rentrée

- Sur le blog sexe: Happy Sex, la nouvelle BD de Zep