Le soir du mardi 6 février 1973, il aura suffi d’un quart d’heure pour que le collège parisien de la rue Édouard-Pailleron parte en fumée. Du balcon d’en face, un enfant de dix ans et demi, Romain, n’a rien manqué du spectacle. Une scène qui lui colle à la rétine et va l’impressionner, au sens photographique du terme, au point de perdre connaissance dans le nuage de suie qui l’entoure, peu après avoir aperçu sa sœur prisonnière des flammes. Le lendemain, on compte plus d’une vingtaine de victimes, dont un disparu, Romain justement, qui ne resurgira que trois jours plus tard. Sinistre accidentel ou incendie criminel ? Le doute va encore durer une semaine. Le temps que s’organise une chasse aux apprentis pyromanes. Trois suspects émergent alors, aux mobiles incertains : Romain, le fugueur, témoin ambigu et complice plus ou moins volontaire ; son meilleur ami, le chétif Cyril, alias Zippo, bouc émissaire de sa classe ; ou sa sœur aînée, Marianne, grande brûlée en sursis. Mais face à une enquête pressée de trouver un coupable idéal, les familles endeuillées s’obstinent à dénoncer la responsabilité de l’État, qui a fait construire au rabais des établissements scolaires hors norme de sécurité. Devenu adulte, Romain va tenter de percer à jour les mystères de sa mémoire défectueuse, mouvante, complexe. Au gré de cette contre-enquête intérieure, plus on croit s’approcher d’un semblant de vérité, plus les versions divergentes de cet épisode font miroiter d’autres hypothèses. De proche en proche, on pressent un aveu qui ne viendra jamais, dans l’impossibilité du narrateur d’isoler en lui la victime, le complice – ou le coupable ?