Ketchup de Xavier Gual



Critique

Note du livre Sur un air de Welsh

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Sur un air de Welsh



Auteur catalan jeune et branché, Xavier Gual propose pour cette rentrée littéraire son deuxième roman, Ketchup. Façon Irvine Welsh, il y raconte les tribulations de deux petites frappes vouées à une vie minable, qui ont cependant décidés de s'enrichir...
Cette chronique est proposée par un lecteur dans le cadre de la rentrée des lecteurs. L'auteur de cet article est membre de Flu.fr : visitez l'espace de Zal
 
Fort d'une mission dont la lettre de commande refuse obstinément de s'autodétruire, je vais tenter de venir à bout - sans me blesser cette fois - de la critique d'un livre intitulé Ketchup. Il est signé d'un jeune auteur Catalan, Xavier Gual. Né en 1973, celui-ci publie son second roman aux éditions du Diable Vauvert. Or, comme chacun le sait, le Diable Vauvert publie des auteurs que j'apprécie. C'est comme ça. On n'y peut rien. « Et ce livre ? » me demanderez-vous sur un ton agacé MAIS toujours poli (et vous faites bien, croyez-moi). Eh bien rassurez-vous, je vais y venir, ne soyez donc pas si impatients.

Un autre monde

Première question, pourquoi ce titre ? Tout simplement parce que le Ketchup est un « produit artificiel et manufacturé qui, en plus d'être le symbole d'une domination du mode de vie américain, est une sauce qui dénature la nourriture et donne à tous les aliments un goût identique." Nous voilà prévenus, l'auteur a le palais altermondialiste.

L'histoire en quelques mots : Ketchup raconte l'histoire de Miki et Sapo, deux petites frappes qui s'amusent à terroriser les junkies et autres dealers en compagnie d'une bande de skinheads (altermondialiste ou nationaliste... ça se gâte tout à coup, je ne sais pas si je vais continuer cette chronique du coup). Né dans une banlieue sordide, Miki pense que « La vie n'offre que deux options : se fondre dans la masse ou mourir... ». Voulant échapper à un destin de merde pourri, il décide de quitter le chemin tout tracé qui devait le mener de l'école au cimetière, en passant par la case travail et, pour ce faire, de s'acheter une voiture. Seul problème, il lui faut de l'argent et il n'en a pas. Il ne lui reste donc qu'à recourir au trafic de drogue ou à devenir star du porno s'il en a les moyens...

"Miki, comme il préférait se faire appeler, était convaincu que les choses n'allaient pas si mal et que l'avenir lui sourirait. À dix-huit ans passés, avec son allure dégingandée et son crâne rasé, il avait deux buts dans l'existence : être le roi du quartier et conduire une voiture mortelle. Des motivations peut-être idiotes en apparence, mais elles représentaient pour lui les symboles de la réussite personnelle et les clés de voûte d'une façon d'être."

Droit dans le mur

Sous ses faux-airs de Trainspotting mâtiné de Porno (également publié au Diable Vauvert en ce qui concerne ce dernier), Ketchup est un roman brutal, sans concession, mis à part celle qui consiste à voir de l'espoir là où il n'y en a pas. Enchaînant plusieurs points de vue (dont certains nauséabonds), l'auteur s'amuse à décrire le quotidien de deux êtres abjects jusque dans l'absurde. Violents, vulgaires, machos et frustrés, ils possèdent toutes les tares (même celle de s'habiller en survêtement !).

Un bémol toutefois, le côté « description clinique », présent dans les passages mettant en scène ces deux bras-cassés, a tendance à casser le rythme de la lecture (surtout lorsqu'il s'insinue au cœur même des dialogues). Mais l'auteur est aussi scénariste, nous apprend-on en quatrième de couverture, ceci expliquant sans doute cela. Quoi qu'il en soit, Ketchup est un roman rude, qui prend le lecteur par la main et le conduit là où s'en vont s'écraser ses deux héros, à savoir, droit dans le mur.

Xavier Gual, Ketchup, Au Diable Vauvert, août 2008.

JP Favard

Le 25 juillet 2008

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