Les misérables de Victor Hugo




Un jour, l'air était tiède, le Luxembourg était inondé d'ombre et de soleil, le ciel était pur comme si les anges l'eussent lavé le matin, les passereaux poussaient de petits cris dans les profondeurs des marronniers, Marius avait ouvert toute son âme à la nature, il ne pensait à rien, il vivait et il respirait, il passa près de ce banc, la jeune fille leva les yeux sur lui, leurs deux regards se rencontrèrent.

Qu'y avait-il cette fois dans le regard de la jeune fille? Marius n'eût pu le dire. Il n'y avait rien et il y avait tout. Ce fut un étrange éclair.

Elle baissa les yeux, et il continua son chemin.

Ce qu'il venait de voir, ce n'était pas l'oeil ingénu et simple d'un enfant, c'était un gouffre mystérieux qui s'était entrouvert, puis brusquement refermé.

Il y a un jour où toute jeune fille regarde ainsi. Malheur à qui se trouve là!

Ce premier regard d'une âme qui ne se connaît pas encore est comme l'aube dans le ciel. C'est l'éveil de quelque chose de rayonnant et d'inconnu. Rien ne saurait rendre le charme dangereux de cette lueur inattendue qui éclaire vaguement tout à coup d'adorables ténèbres et qui se compose de toute l'innocence du présent et de toute la passion de l'avenir. C'est une sorte de tendresse indécise qui se révèle au hasard et qui attend. C'est un piège que l'innocence tend à son insu et où elle prend des coeurs sans le vouloir et sans le savoir. C'est une vierge qui regarde comme une femme.

Il est rare qu'une rêverie profonde ne naisse pas de ce regard là où il tombe. Toutes les puretés et toutes les ardeurs se concentrent dans ce rayon céleste et fatal qui, plus que les oeillades les mieux travaillées des coquettes, a le pouvoir magique de faire subitement éclore au fond d'une âme cette fleur sombre, pleine de parfums et de poisons, qu'on appelle l'amour.

Le soir, en rentrant dans son galetas, Marius jeta les yeux sur son vêtement, et s'aperçut pour la première fois qu'il avait la malpropreté, l'inconvenance et la stupidité inouïe d'aller se promener au Luxembourg avec ses habits «de tous les jours», c'est-à-dire avec un chapeau cassé près de la ganse, de grosses bottes de roulier, un pantalon noir blanc aux genoux et un habit noir pâle aux coudes.




• Les news sur Victor Hugo

Harcourt vous tire le portrait
Au 19e siècle, il était d'usage pour les familles...


Rattrapage scolaire : Les Misérables.... pour les Nuls
Si vous n'avez jamais réussi à lire les 5 tomes...


Le Footsbarn plante son chapiteau à Vincennes
  Le Footsbarn, c'est une grande famille de théâtre qui...


La honte du lecteur face au livre non-lu : la confession d'ignorance
Dans son essai désormais fameux, Comment parler des livres que...


Une Anthologie du théâtre français
Contre toute attente, les ouvrages complets consacrés au théâtre...


La suite des Misérables de François Cérésa est-elle légale ?
La cour d'appel de Paris a rendu aujourd'hui sa décision...


Un hommage à Nerval, le vrai fou d'amour
La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance, Au pied du...


Paris en toutes lettres : un nouveau festival pour la littérature
"Paris en toutes lettres" est-il le festival littéraire vivant et...


Dernière ligne droite à Avignon
    Maurice Jarre s’est tu, mais ses trompettes...


Le nouveau Maguy Marin à Avignon - tristement vide
La clim' souffle à plein régime dans le gymnase du lycée...


Avignon à l’heure des bilans
Le rideau s’est baissé sur le festival In hier, se baissera...


Tous à Bussang !
Une heure trente de Nancy, trois heures de Paris, une heure de...


• Les livres de Victor Hugo



• Sur le forum livres

Cherche éditeur avec qui communiquer dans ..."Les passagers du vent"Questions très techniques concernant l'env...recherche illustrateur1280 âmes, Jean-Bernard Pouy. Perdue.