Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé



Critique

Note du livre La possibilité d'une île...

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La possibilité d'une île...



Dans Ce que je sais de Vera Candida, Véronique Ovaldé retrace le destin d'une lignée de femmes-amazones dans une fresque aussi sombre que merveilleuse, aussi exotique que féroce. L'un des plus beaux romans français de la rentrée.
 
Ce que je sais de Vera Candida. Le titre du roman de Véronique Ovaldé résonne comme une promesse : celle de tout nous apprendre sur ce personnage au nom un peu exotique, un peu voltairien, qui sent bon le soleil et fort la mythologie. Tout, et même un peu plus. Car Vera Candida n'est que l'une des femmes dont l'écrivain, dans une démarche qui a souvent manqué à la littérature française, entreprend de nous retracer la formidable destinée.

« Rose Bustamente, la grand-mère maternelle de Vera Candida, avant de devenir la meilleure pêcheuse de poissons volants de ce bout de mer, avait été la plus jolie pute de Vatapuna. » Fine de taille et forte de tête, Rose travaille dur pour garder son indépendance dans l'austérité - presque paisible - de sa petite cabane. Il ne faudra pas plus - ou pas moins - que l'arrivée d'un homme pour la faire vaciller. L'homme, c'est Jeronimo, un type dont « on disait qu'il avait fait trucider deux ou trois anciens cadres du pouvoir », et qui, après avoir fait un enfant à Rose - Violette - s'en retournera à ses obscures affaires dans une lâche indifférence.

Alcoolique, nymphomane, égoïste, Violette ne vivra quant à elle que le temps de faire un enfant, Vera Candida la fameuse, sur laquelle Rose placera désormais tous ses espoirs. Mais il ne suffit pas de devenir Grand-Mère Courage pour briser l'innommable fatalité qui guette les femmes de la famille. Frappée à son tour d'un malheur dont on ne révèlera pas la teneur ici, Vera Candida quitte l'île de Vatapuna et s'en va explorer le monde du haut de ses quinze ans. Destination : Lahomeria, où elle connaîtra successivement l'appartement de la très moderne Hannah - « une vraie chambre d'étudiante » qui relève « de la science fiction » ; « un foyer pour jeunes mamans perdues » appelé le « Palais des morues » ; ou encore un « immeuble communautaire » ironiquement situé rue de l'Avenir alors qu'il s'y passe de si vilaines choses. Les personnages que croisera Vera Candida ne seront pas moins originaux, de la vieille Madame Kaufman, veuve d'un dignitaire nazi, au bienveillant Itxaga, journaliste surnommé Billythekid qui pour toujours vouera un amour des plus purs à notre héroïne : « Il se sentait prêt à lui dire (...) je rentrerai le soir et je t'embrasserai dans le coup et tu me souriras et tu deviendras une très belle femme et je me répéterai chaque matin combien c'est bon de vieillir près de toi. »

Entre conte exotique et roman d'apprentissage, Ce que je sais de Vera Candida vous peuple ainsi l'esprit de cent paysages lointains, cent noms étranges, cent questions féministes, mais vous laisse surtout avec la vision apaisante d'une histoire d'amour entière, idéale, de celles qui peuvent se construire sur des cicatrices, des mensonges et des ruines, et achèvent en beauté les grands romans de Brontë ou de Garcia Marquez.
Sous ses aspects fantaisistes et au-delà de son atmosphère tropicale, le livre de Véronique Ovaldé, comme se doivent de le faire les grandes oeuvres romanesques, embrasse finalement le réel et n'épargne à aucun de ses personnages la difficulté d'être Homme - ou Femme. Amour d'une mère pour sa fille : difficile. Amour d'un homme pour une jeune fille : difficile. Enterrer sans musique les fantômes du passé, laisser mourir d'aussi belles histoires sans les écrire : impossible.

Véronique Ovaldé, Ce que je sais de Vera Candida, éditions de L'Olivier, 2009. 

Céline Ngi 

Illustration © Luis Gonzales Palma 

Le 25 August 2009

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