Clive et Michaela préparent l'arrivée de leur premier
groupe de fous du kayak, qu'ils vont devoir initier, suveiller et prendre sous leur aile pendant toute une semaine dans un paysage sauvage en Italie. Militants alter-mondialistes, comme il se doit, ils font rimer leur engagement sportif avec une quête plus existentielle et une volonté farouche d'être en harmonie avec la nature.
Un discours bien connu, se dit-on en abordant les premières pages de ce
Rapides, qui se situe immédiatement dans un courant de pensée bien identifié. Lorsqu'on apprend que Vince, un des participant au stage, se trouve être l'un pilier d'une banque internationale basée dans la City de Londres, on en vient presque à redouter l'obligatoire règlement de compte annoncé entre ces personnages antagonistes.
Le duel aura bien lieu, mais
Tim Parks ne se contente pas de prêcher pour sa paroisse. En effet, l'engagement physique de la petite troupe, loin d'être une toile de fond pittoresque genre colo pour adulte en mal d'action, s'impose comme le sujet même de l'auteur, qui fait passer les opinions politiques au second plan.

Rapides est avant tout un grand roman d'action, charnel et musclé. Etant lui-même un adepte du kayak, Parks parvient à retranscrire l'expérience à la fois individuelle et de groupe. Le risque, la peur, mais aussi la volonté transcendée qui donne des ailes, on est littéralement plongé avec le groupe dans les tumultes des courants, dans cet instant où le corps et l'esprit ne doivent plus faire qu'un avec le kayak. Pour le néophyte, le dépaysement est assuré et Parks n'hésite pas à se lancer dans de longs passages ultra techniques, à coup de : rouleau, reflux, courant, contre-courant, esquimautage, barattagage... Emporté par le flot des mots, et la vitesse de l'écriture, on se laisse progressivement entraîner dans un mouvement plus général. Ainsi, comme par contagion, le risque pris sur l'eau en vient tout naturellement à remettre en question chacun des personnages. Comment reprendre sa vie monotone après avoir connu autant d'exhaltation?
C'est toujours sur le même rythme effréné que Parks scrute ses personnages. Les barrières entre leurs pensées et leurs paroles s'effacent par un simple refus de ponctuation. Les mots, comme pris dans un courant furieux, passent de l'un à l'autre, s'échangent et s'expérimente autant qu'ils s'expriment. Dans ces Rapides là, l'auteur excelle. Dommage qu'il nous assène quelques discussions plutôt veines et empesées, là où la perpétuelle incertitude de l'eau nous aurait ravi.
Rapides
Tim Parks
Actes Sud
Laurence Reymond
Le 10 août 2006