En attendant que le bus explose de Thomté Ryam



Critique

Note du livre Paris sous les bombes

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Paris sous les bombes



Deuxième roman de Thomté Ryam, après le remarqué Banlieue noire, En attendant que le bus explose s'intéresse à nouveau à la jeunesse black-blanc-beur, à travers une sympathique galerie de personnages. Dommage que le style et le propos de l'auteur soient si naïfs.
Comme Alain Mabanckou avec son truculent Black bazar, le jeune Thomté Ryam (30 ans) plante le décor de son récit choral à Paris, dans le XXe arrondissement. Mais l'ex-footballeur d'origine tchadienne ne joue pas encore dans la même division que l'auteur congolais des Mémoires de porc-épic.

Malik, alias « El magnifico », sort de taule. Il a 24 ans, et a déjà perdu 3 ans de vie derrière les barreaux. Mais par chance, son chemin croise rapidement celui de Charlotte, informaticienne de 25 ans, sa ravissante voisine de palier, et d'Anthony Duval, 38 ans, chanteur-guitariste qui fait la manche dans le métro. La première devient sa copine, le rend heureux et parfois jaloux, lui demande d'arrêter de fumer sans toujours y parvenir, et lui donne confiance en son écriture : Malik vient de finir un premier roman. Le second, Anthony l'incompris, devient son compère de picole, son comparse de réflexion philo-dingo, fatigué de cette farce qu'est l'existence humaine.

Autour d'eux gravitent des gens du quartier. Maxou et Anastacia, jeunes amoureux au chômage, se sont mis à la salsa parce qu'ils misent tout leur avenir sur le pactole d'un jeu télé idiot, opposant des couples entre eux. Le petit frère de Maxou, est surnommé Bonheur alors qu'il broie du noir. Lunaire et imprévisible, Bonheur parle fréquemment à son billet de cinq euros, et décide de se présenter aux élections municipales habillé en « cinquième clown », en référence à la fausseté ridicule des quatre autres candidats. Comme El Magnifico, Charlotte et tous les autres, Bonheur prend chaque jour le même bus, le 51, conduit par un chauffeur irascible et paresseux. Ce bus qui va exploser, et tuer 24 personnes.

Ryam agence son récit sous la forme d'une tragédie urbaine, avec un long et unique flashback. L'incipit nous dévoile en filigrane le drame du bus : on ne sait pas qui est mort dedans. Puis le reste du roman revient sur les deux mois qui précèdent le bain de sang, et les personnages qui le peuplent apparaissent comme en sursis. L'écriture de Ryam n'est pas désagréable, plutôt vive et parfois inventive dans sa description du quotidien d'un quartier, avec ses personnages attachants, comme « El Magnifico », son alter ego évident, dragueur et franc, un peu idéaliste sur les bords.

Mais le style d'En attendant que le bus explose est trop naïf et relâché pour gagner le lecteur de plus de vingt ans. A de jolies salves sur le Tchad, la fascination pour la télévision ou l'art de faire la manche dans le métro s'agrègent en effet de faiblardes réflexions politiques, condamnant gentiment, sans tact ni humour la société actuelle et ceux qui la gouvernent. Les passages « slammés » n'apportent pas grand chose non plus, si ce n'est un cachet ghetto prévisible, à la limite du cliché. Reste une modeste mais attrayante galerie de personnages d'aujourd'hui. N'est pas Mabanckou qui veut. 

Thomté Ryam, En attendant que le bus explose, éditions du Rocher, 2009. 

Eric Vernay

Le 20 mars 2009

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