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Cette chronique est proposée dans le cadre de la rentrée des lecteurs. L'auteur de cet article est membre de Flu.fr : visitez l'espace de Patrice
Au début du XVIIIème siècle, l’imprimeur Nicolas Flood arrive en Hongrie après avoir reçu une lettre du comte d’Ostrov. Celui-ci veut que M. Flood lui imprime un livre infini. Or, Flood tombe amoureux de Iréna, la fille du comte, pendant son séjour au château. Leur relation finira tragiquement. Iréna disparaît, et Flood est emprisonné par le comte.
Le récit devient alors celui d’une double quête : après sa libération, Flood continue à travailler sur ce livre infini, et poursuit en même temps la trace de sa bien aimée à travers le monde. Parmi tous les compagnons de Flood, le personnage de Pica, sa propre fille, fruit de son union avec Iréna, devient peu à peu le personnage central du roman en accomplissant la quête de son père. Depuis le début du récit, Flood est également en rivalité avec l’abbé de Saint-Foix. Et c'est ce personnage mystérieux qui semble être le véritable inspirateur de cette double quête.
La quête infinie
Thomas Wharton nous propose dans Un jardin de papier une quête mystique doublée d'une réflexion sur la littérature. Son style réussit parfaitement à rendre cet arrachement hors du quotidien, meme si c`est au prix d'une hésitation constante entre réalisme et fantastique.
Si l'impression laissée par ce roman est ambiguë, cela est sans doute dû à la démesure du projet de l'auteur. La première partie du roman, qui se déroule dans le château du comte d'Ostrov, est sans doute la plus intéressante. Les réflexions autour du livre infini lors des discussions entre Nicolas, Iréna et l'abbé de Saint-Foix sont en harmonie avec ce château labyrinthique. La question du statut de la littérature, de la lecture et de leur rapport à l'infini évoque les oeuvres de Borges et d'Umberto Eco. Le château lui-même fait penser à la bibliothèque du monastère du Nom de la rose.
Malheureusement, le roman ne tient pas toutes ses promesses. La quête de Flood est trop désordonnée pour maintenir l'attention du lecteur. Si les personnages qui apparaissent dans le récit sont intéressants, leur vie n'est évoquée que le temps d'une historiette. Leur présence dans l'histoire ne semble suivre aucune nécessité. On perd alors toute tension narrative.
En forme de cercle
Cependant, la dernière partie, qui se déroule à Londres, relance la narration. Si la quête du livre infini s'enlise peu à peu, la recherche d'Iréna par Pica permet à l'auteur de faire revivre le Londres du XVIIIème siècle en privilégiant une écriture réaliste. De plus, la quête des origines de Pica nous permet peu à peu de comprendre le destin de sa mère. C'est en effet cette absente d'une grande partie du récit qui attire à elle tous les personnages du roman. Elle fait partir Nicolas de Londres en découvrant un de ses livres imprimés, avant de le revenir à Londres. La quête prend finalement une forme circulaire, identique à celle du roman de Wharton lui-même. Si le personnage de l'abbé de Saint-Foix semble être à la fois le double de Nicolas, parce qu'il poursuit le même but, et le double d'Iréna, puisqu'il est aussi celui qui déclenche la quête, le roman n'approfondit pas assez son histoire et son caractère pour qu'on puisse lui assigner un statut précis.
Un jardin de papier ne peut qu'intriguer son lecteur. Le projet de mêler une quête amoureuse, initiatique et une réflexion sur le statut de la littérature ne peut qu'éveiller la curiosité. Même si ce projet échoue en partie, ce deuxième roman de Thomas Wharton reste un objet singulier dans cette rentrée littéraire.
Thomas Wharton, Un jardin de papier, Éditions du Panama, août 2008.
Patrice Vibert
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