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Vente à la criée du lot 49 est le deuxième roman de Thomas Pynchon. Une jeune femme nommée Œdipa Mass y apprend qu'elle a été choisie comme exécutrice testamentaire d'un de ses anciens amants, un magnat de l'immobilier dont le legs réside en une mystérieuse collection de timbres. Mais plusieurs éléments, comme la découverte d'un service postal alternatif, ainsi qu'une image de cor bouché dans les toilettes du Scope, la plongent dans une vaste enquête sur la possibilité d'un réseau de dissidents dans la communauté de San Narcisso. Existant depuis 200 ans, le réseau s'appellerait W.A.S.T.E., soit We await silent Trystero's Empire, formule invoquée par The Courier's Tragedy de Richard Wharfinger, un incunable du corpus théâtral jacobéen concernant un héros déshérité qui aurait tenté à plusieurs reprises d'assassiner le maître des postes du prince d'Orange pour contrôler la communication entre les royaumes.
Vente à la criée du lot 49 reprend la méthode d'investigation ébauchée par Stencil, le héros de V. Méthode inductive, remontant des faits à la loi, de cas singuliers à une hypothèse plus générale, le procédé est ici soumis à la plus grande indécision, à l'angoisse d'avoir apporté aux événements plus de sens qu'ils n'en méritaient. Tout se passe alors comme si Œdipa, comparable à l'humanité lors de l'acquisition du langage, avait acquis d'un seul coup un immense domaine et son plan détaillé, avec la notion de leur relation réciproque, mais devait alors passer un temps infini à apprendre quels symboles déterminés du plan coïncident avec les différents aspects du domaine.

Le monde excède toujours ce que l'on sait de lui ; mais il ne l'excède que comparativement à ce que l'on est encore susceptible d'en connaître, à savoir les limites intrinsèques de la tapisserie que l'on est en mesure de broder dans le but de l'aborder. Si le monde est toujours potentiellement plus grand que nous, il faut encore que nous soyons à même d'actualiser cette possibilité dans la perception que nous avons de lui. Le monde que nous posséderons n'aura jamais une taille supérieure à la tapisserie que nous brodons depuis notre prison : il sera bâti sur notre patron, s'éparpillant dans les multiples sens attribuables à chacun des mots employés pour le définir. « Qu'est-ce que vous appelez le monde ? écrit Nerval. Une centaine de gens dont vous êtes connu un peu ; cercle où vous tournez : il y en a des millions de pareils ; sortez-en, vous êtes pour eux comme si vous n'existiez pas »
La nuit, couleur fondamentale
Nerval est très présent dans Vente à la criée du lot 49, et un passage associe Trystero au Desdichado du visionnaire français : « Le monopole postal appartenait à Ohain par droit de conquête, et Ohain appartenait à Trystero par le sang. Il prit le nom de El Desheredado, le Déshérité, il habilla ses partisans d'une sorte de livrée noire, qui symbolisait la seule chose qui leur appartint dans leur exil : la nuit. »
La nuit est la couleur fondamentale du livre. Et toutes les hypothèses des personnages ne font que retarder l'échéance de la plus profonde des nuits, celle qui nous laissera seul devant la lecture achevée, nous demandant, comme son héroïne, si cette avalanche de signes n'était pas simplement une compensation pour nous consoler d'avoir perdu la Parole directe, le cri qui ferait ressurgir la Foi.
Vente à la criée du lot 49 est le plus littéral des chefs d'œuvre. Tout ce qu'un grand roman contient invisiblement y est présenté dans la plus grande transparence. C'est sa grande violence : nous laisser désemparés, enceints dans la prison des signes équivoques, en attente d'une aube qui ne reviendra jamais.

Vente à la criée du lot 49
Un roman de Thomas Pynchon
Le Seuil, 2000 (édition originale 1966)
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