« En souvenir, tout semble se dérouler en musique. »
Thomas Lanier Williams naît à Colombus, Mississippi, en 1911. Ses relations sont très difficiles avec son père, qui favorise régulièrement son frère Dakin. La famille rejoint le grand-père à Saint-Louis en 1918. Là, il réalise la différence entre riches et pauvres, se trouvant du côté des seconds. L'année suivante, atteint de diphtérie, il est pratiquement immobilisé pour deux ans. Sa mère, refusant son oisiveté, lui offre une machine à écrire.
Il est publié pour la première fois à dix-sept ans, dans Weird Tales.
Il fréquente un temps l'université mais doit abandonner, faute de moyens. Il écrit ses premières pièces et commence à prendre conscience de son homosexualité, qu'il ne consomme pourtant qu'à vingt-huit ans. Son accent du Sud lui vaut le surnom moqueur « Tennessee », qu'il prend plus tard comme nom de plume, en hommage aux origines de son grand-père.
Il doit travailler dans la même fabrique de chaussures que son père, déteste ce travail, mais s'y accroche dans le but de réunir assez d'argent pour partir étudier à l'université de l'Iowa. Il réussit à y décrocher une licence en 1938 et sa pièce
Spring Storm est présentée, malgré les réactions défavorables de ses professeurs.
Il est réformé au moment de l'engagement des Etats-Unis dans la seconde guerre mondiale à cause de son dossier psychiatrique, de son alcoolisme, de son homosexualité et de ses troubles cardiaques et nerveux. Il est alors embauché par la MGM à Hollywood, pour divers travaux d'écriture. En 1943, sa soeur schizophrène subit une lobotomie qui la laisse très diminuée. Williams la prend en charge, et garde toute sa vie la peur de devenir fou, comme elle.
Il propose un scénario à la MGM, qu'elle refuse. Il en fait alors une pièce,
La Ménagerie de verre, qui devient un grand succès et est adapté au cinéma, comme beaucoup de ses oeuvres suivantes. Tennessee Williams devient tout à coup célèbre. Utilisant les techniques qu'il a apprises au cinéma, il crée une pièce violente et sensible dans laquelle le tragique plane toujours au-dessus des personnages, un élément récurrent dans son théâtre.
En 1947,
Un tramway nommé Désir confirme son statut de grand dramaturge et gagne le Pulitzer. Ses pièces se succèdent alors sur les planches de Broadway.
La Chatte sur un toit brûlant, La Descente d'Orphée, La Nuit de l'iguane entre bien d'autres sont de grands succès, mais sont aussi vus comme des révolutions dans le théâtre américain.
On y trouve l'influence de
William Faulkner et D.H. Lawrence, qu'il explique dans ses
Mémoires d'un vieux crocodile par l'intérêt qu'il éprouve pour les marginaux et les perdants, victimes d'une société qui ne les comprend pas et les rejette. A travers eux il raconte et analyse la solitude, constante de sa vie. Ses personnages et les situations dans lesquelles ils évoluent sont très souvent basés sur les membres de sa famille et les événements qu'il a vécus.
A la mort de son compagnon Frank Merlo en 1963, Williams oriente son écriture dans une direction plus expérimentale, lorgnant du côté de
Samuel Beckett, Ionesco et
Jean-Paul Sartre, mais sans succès critique.
Il entre en désintoxication en 1969 et aborde cette période dans
Out Cry, qui est un échec à Broadway en 1973.
Ses travaux de la fin des années 70 sont parmi ses plus innovants. Pourtant,
Vieux Carré, A Lonely Day for Crève Cœur ou
Clothes for A Summer Hotel n'ont pas le succès de ses premières pièces jouées. Par contre, il est considéré en URSS comme le plus grand auteur depuis Tchekov.
Il meurt en 1983, étouffé par un bretzel après une nuit d'alcool et de médicaments dans sa chambre de l'Hotel Elysee à New York. Pour certains, comme son frère, cette mort n'est pas accidentelle.
Instable, névrosé, prolifique, Tennessee Williams laisse une oeuvre considérable, faite de vingt-cinq pièces, plusieurs dizaines de courtes pièces et scénarios, soixante nouvelles, plus d'une centaine de poèmes et une autobiographie.