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Fluctuat : Vous avez fait quelques métiers avant d'écrire, lequel vous a le plus intéressé ?
Vous avez aussi été détective privé...
Oui, c'était un de mes boulots les plus ennuyeux. Je travaillais pour l'avocat d'une compagnie d'assurance. Ce n'était pas comme dans les films, avec filatures, mais du genre : une vieille femme qui tombe dans un supermarché et le poursuit en justice. Moi je devais aller prendre des photos du carrelage du magasin...
Une partie du tout est votre premier livre. Comment vous est venue l'envie d'écrire ?
J'essayais de faire du cinéma en écrivant des scénarios, entre deux boulots alimentaires. Mais après deux, trois, quatre ans, je n'y arrivais toujours pas, et ça m'énervait. Il y avait des concours de nouvelles. Je me suis inscrit parce que j'aimais bien écrire, et qu'on pouvait gagner plus d'argent. Je n'ai jamais gagné, mais je me suis retrouvé avec deux histoires, deux nouvelles, dont l'une ferait un bon début pour un roman, et l'autre une bonne fin. Il ne me restait plus qu'à combler le trou au milieu. Ca m'a pris cinq ans.
Le retour du père en Australie et la prison pour clandestins étaient donc les deux idées de départ ?
Oui, c'était au départ l'histoire de Martin Dean, qui veut rentrer au pays pour mourir, en secret. J'ai eu cette idée de prison parce qu'on a beaucoup de problèmes avec les immigrés illégaux. On a un système horrible en Australie, on les place dans une prison au milieu du désert. Voilà comment les deux nouvelles se recoupent.
Il y aussi le personnage de Terry Dean, sportif reconverti dans le crime. Est-il inspiré d'un personnage réel ?
Non, mais on a eu un « grand » criminel, très connu en Australie. Ned Kelly : une sorte de Robin des bois australien. Dans les années 1970, il y a même eu un film sur lui (Ned Kelly, de Tony Richardson) , où Kelly était incarné par Mick Jagger ! En Australie, on est obsédé par deux choses : les criminels et les sportifs. Le personnage de Terry incarne les deux à la fois.
Le point central du livre est d'abord cette relation père-fils un peu compliquée.
Je voulais écrire sur un personnage que toute l'Australie déteste, puis voir ce qu'il se passe pour son fils, son entourage, sa famille. Ma deuxième idée concerne Jasper, le fils du personnage le plus détesté d'Australie. C'est un adolescent, avec un esprit rebelle, mais c'est difficile pour lui : comment se rebeller contre un rebelle ? Une question compliquée ! Donc oui, leur relation est difficile, mais pour moi, ces deux personnages forment comme une seule et même personne, une âme, une conscience. Ils fonctionnent comme un tout. Le père est un mentor, le fils un disciple, mais l'apprentissage ne se fait pas d'un coup. Souvent, en littérature, vous avez un moment comme ça, où le personnage apprend quelque chose à la manière d'une catharsis. Dans la réalité, quand vous apprenez quelque chose, c'est long et pénible. Je voulais ce type de relation.
Ce roman parle de tuer le père ?
Oui, mais si on est soi-même son propre père. Il y une phrase dans La possibilité d'une île de Houellebecq, qui dit en gros : le jour où tes parents meurent tu deviens adulte. Je pense que c'est un cliché. Le fils ne doit pas forcément attendre que son père disparaisse pour devenir adulte. Pour moi ça n'a rien à voir en vérité. Dans la vie, on change sans arrêt.
Il y a deux points de vue, deux voix dans Une partie du tout. Dans quelles influences êtes vous allé puiser pour définir ces deux styles distincts ? On pense à Céline, Pessoa...
Je ne sais pas, c'est un mélange. Le point de vue de Jasper est celui que j'ai emprunté le premier. Il a été inspiré par John Fante surtout. Pour la voix de Martin, ça a probablement été Céline, et aussi Thomas Bernhard, Pessoa, Schopenhauer...
Dans le roman, vous dites que vivre en Australie, c'est comme être une chambre à l'écart, dans une immense maison.
On est tellement loin... La première fois que je suis parti en Europe, et aux Etats-Unis ça m'a étonné. C'était avant Internet, et pendant deux ans, je n'ai pas vu un mot sur l'Australie dans un journal. Jusque là, je ne me rendais pas compte à quel point mon pays est insignifiant dans le monde. Sur place, on se croit important, nous sommes quand même un partenaire clé des affaires internationales... Alors qu'en réalité, tout le monde s'en fout ! L'Australie est en Asie, les USA et l'Europe n'y attachent que peu d'importance.
Vous décrivez les Parisiens comme des arrogants qui philosophent sur les terrasses des cafés...Ca vous énerve ?
Non j'aime ça, en fait (rires). Par contre, il n'y a pas d'autres endroits au monde où vous devez payer 4 euros le simple café. C'est irrationnel.
Qu'est-ce qui vous plait à Paris ?
J'aime l'état d'esprit, le "spirit of life" de la ville. Je pense que c'est différent de Sydney, où j‘ai habité. Parfois on a besoin d'aller dans une ville où il fait souvent gris, où il pleut... Parce que dans une ville où il fait toujours beau, où on peut toujours aller à la plage comme à Sydney, on n'a pas besoin de s'intéresser à l'art, aux peintures, etc. J'aime aussi le Velib' !
Revenons au roman. Parlez-nous de l'idée incroyable de faire de chaque australien un millionnaire en demandant un don de un dollar à tout le monde...C'est satirique ?
Ca m'étonne parfois, de voir à quel point nous manquons d'imagination. Il y a tellement de choses que l'on pourrait faire, ou essayer. Les gouvernements sont si lents pour expérimenter les nouvelles idées. Je pense qu'il devrait y avoir un ministre de l'innovation, pour administrer les idée folles. Chaque pays devrait avoir cela. L'histoire des millionnaires, c'est juste une idée ridicule qui m'est venu un jour à l'esprit ! (Rires)
Le motif du labyrinthe revient souvent, comme une métaphore de l'esprit torturé du père.
Oui, c'est une homme qui hésite : il met son fils à l'école, puis le retire, puis le remet...Il veut que son fils soit indépendant d'esprit, comme lui, mais aussi qu'il fasse partie de la société. Il ne souhaite pas participer à la vie de société, mais il veut que le monde l'aime, alors que c'est un monde qu'il déteste... Le labyrinthe, c'est une bonne image pour montrer quelqu'un qui est perdu, qui ne peut pas sortir, mais qui n'arrête pas d'essayer.
Vous aviez besoin de quitter l'Australie, de voyager, pour écrire ?
Non, je ne crois pas. J'ai 36 ans aujourd'hui. J'ai quitté l'Australie quand j'avais la vingtaine. On est encore un peu stupide dans ces années là, assez immature. Donc j'ai voyagé. Mais si j'étais resté, j'aurais quand même écrit. J'ai seulement voyagé pour ne pas rester chez moi.
Pour vous, l'écriture n'est donc pas directement liée à l'expérience ?
C'est la chose la plus difficile à décrire : l'imagination. Pour moi il n'y a pas de ligne directe entre l'expérience et l'écriture. Comment j'ai eu telle ou telle idée ? Je ne peux pas vraiment le dire. La chose la plus importante, pour moi, c'est de raconter une histoire, et de faire passer quelques idées philosophiques, d'expliquer quelque « vérités », à l'intérieur de cette histoire.

Oui, je pense que ça va me prendre seulement deux ans cette fois. Ca sera plus court, et l'histoire se tiendra en Australie.
Propos recueillis par Eric Vernay
Photo : © Ulf Andersen
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