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Le roman à la première personne que publie Stéphanie Janicot pour cette rentrée littéraire est rondement mené. Le thème de Dans la Tête de Shéhérazade est assez rare jusque là : la discrimination positive à l’égard des enfants d’immigrés qui excellent sur le plan scolaire, et auxquels des voies prestigieuses ont, depuis quelques années, entrebâillé leur porte.
Cette chronique est proposée dans le cadre de la rentrée des lecteurs
Dix ans après

Devenue VIP trentenaire, passée par Sciences Pô, elle contemple le chemin parcouru depuis cette initiation douloureuse et tente, à partir de son histoire et de celle de son entourage proche, d'interroger le sens de sa réussite sociale. Par de constants allers-retours entre son passé adolescent et son succès de vedette médiatique moins assurée qu'il n'y paraît, en particulier sur le plan sentimental, elle pose la question de l'identité et de la manière dont les choix de vie engagent. Elle prend la mesure - élastique - de la distance entre les rêves de jeunesse et la réalité de la vie adulte. Qu'est-ce que réussir sa vie ? Comment changer de milieu social sans se renier soi-même ? Peut-on être heureux malgré les tours de malice du destin ?
Société chérie
Discrètement prospectif, Dans la Tête de Shéhérazade est ancré dans une réalité sociale contemporaine, dont les émeutes dans les banlieues parisiennes sont l'évènement le plus saillant. En faisant référence explicitement à La Vie devant soi de Romain Gary, Stéphanie Janicot semble indiquer que Shéhérazade et son cousin Adil sont en quelque sorte les Momo du XXIème siècle, mais auxquels l'école, comprise dans un esprit post-napoléonien, peut encore donner leur chance, à condition qu'ils veuillent et puissent la saisir.
Malgré un rythme narratif efficace, qui rend la lecture fluide et agréable, le roman est inégal. On ne peut pas lui nier une certaine acuité dans l'analyse psychologique et sociale, en particulier sur la différence culturelle et l'intégration. Mais il développe aussi, tout en étant assez astucieux pour s'en justifier, d'assez nombreux clichés, par exemple sur la vie un brin caricaturale d'une famille d'immigrés (famille débraillée, où les garçons tombent dans la délinquance, et les filles n'ont d'autre perspective que le mariage au pays) et sur celle de la bourgeoisie parisienne (pères absents et mères dépressives). Rien à signaler non plus du côté du style, une écriture de journaliste, profession que partagent Stéphanie Janicot (au magazine Muze) et son personnage.
Si le roman est plaisant et de lecture aisée, on peut cependant craindre de l'oublier, somme toute, assez vite.
Lyse Klein
Stéphanie Janicot, Dans la tête de Shéhérazade, Albin Michel, août 2008.- Voir le dossier permanent sur la rentrée littéraire
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