Nada exist de Simon Liberati



Critique

Note du livre Simon Liberati - Nada exist

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Simon Liberati - Nada exist



Dans la série des nouveaux hussards qui empruntent leur univers à Bret Easton Ellis et leurs manières à François Nourissier, Simon Liberati n'est pas le plus abominable. Mais Nada Exist, pourtant séduisant et vénéneux, s'avère finalement tout aussi clinquant et creux.
Si la littérature ne doit pas être une histoire de morale (reportez vous aux développements de Wilde sur le sujet), celle-ci n'en reste pas moins un élément du jugement qui font qu'un lecteur trouve un livre bon ou mauvais.
La lecture peut, parmi ses millions de définitions et acceptions, s'apparenter à un frotti-frotta des valeurs de l'auteur et des nôtres, lequel se change parfois en caresse amoureuse (le plaisir) ou en réaction de dégoût épidermique.

Après avoir lu et déjà repoussé les avances de son premier roman, le très salué Anthologie des Apparitions, je me retrouve à peu près dans la même situation avec le deuxième roman de Simon Liberati, Nada Exist. Liberati fait partie, d'une certaine façon, d'un mouvement souterrain qu'on peut apparenter à des Nouveaux Hussards, héritiers des Blondin et autres Nimier de l'époque, impertinents (sûrement), sans aucun doute doués pour l'écriture (le livre en témoigne), fringants et désabusés à la fois.

Les Nouveaux Hussards (dont Beigbeder ferait un bon pape dégénéré et light) sont d'anciens aristocrates, venus des terres de droite et qui composent aujourd'hui des romans qui empruntent à l'univers d'Ellis et aux manières de Nourrissier (ou des Goncourt). Cela donne, dans un genre droitier, et lorsque c'est mal fait, des abominations stylistiques comme les

Nada Exist, dans ce genre, est un excellent roman, long, classique et habile. On y suit, sur une petite journée, le parcours d'un photographe de mode aux prises avec ses divers problèmes de privilégié : Patrice, le héros, tutoye la célébrité, se drogue (héro, crack, ...), croûle sous les aventures (il est marié à Didine, baise avec Babeth et va rejoindre Lukardis) et est "fameux" parce qu'il a un jour repoussé les avances de Sophie Marceau.
Nada Exist (formule empruntée à Francis Bacon) raconte la journée du photographe alors qu'il tente (plus qu'il ne désire) de rejoindre sa maîtresse dans un hôtel. Les 400 et quelques pages du livre le présentent aux prises avec les personnages qui peuplent, hantent et dérangent son quotidien : ses beaux-parents, sa femme malade, son ami junky homo Ahmed, décalque presque parfait du maghrébin de son premier roman (Patrice est homo à l'occasion), son dealer Sylvana Mangano, sa maîtresse de longue date, ses souvenirs et sa nouvelle conquête accro au SMS débile.

La déambulation de Patrice est tout à fait crédible et ouvre de longues et spirituelles réflexions sur le sexe, la célébrité, la ville, dont le modèle pourrait être une sorte d'Ulysse de la déjante, une descente aux enfers de plus en plus caustique et sarcastique. Patrice fait un sort littéraire à tout ce qu'il touche avec cette majesté et ce cynisme qui caractérisent les possédants ou les ayant-possédés. Le labyrinthe imaginé par Liberati est assez fascinant de noirceur à cet égard et le livre parcouru par une fluidité vénéneuse. On peut donc y trouver son compte à condition de ne pas trouver le tout vain et ennuyeux.

C'est là que la morale réapparaît bien entendu, puisqu'on est aussi en droit de ne pas se sentir concerné par cet univers là, par ces soucis là, par la vulgarité inhérente à cet exercice (sexe, drogue, mode, futilités) et par ce qu'il sous-entend de considérations sur le monde. On peut se sentir en connivence avec un héros perdu et qui semble souffrir ou se mettre contre lui et avoir envie qu'il termine cette histoire au plus vite et nous rende à la réalité du monde.
En ce sens (et cela aura été mon cas), Nada Exist peut faire figure d'antilivre, d'un exercice de forme creux et bâti sur du laid, un tour de passe-passe clinquant qui travaille une matière que d'autres ont déjà malaxé avec plus de talent. Pour quelques éblouissements, combien de hauts le coeur ? Pour quelques perles noires et sourires au coin des lèvres combien de concessions faites à notre goût de lecteur ? Ceux qui pensent qu'on peut parler de tout en littérature ont évidemment raison. On peut parler de tout et faire de... tout un bon livre. Mais on peut aussi choisir, de l'autre côté (celui du lecteur), et sans que cela vaille condamnation, de ne pas pouvoir tout lire et de détester un livre pour ses qualités.

Nada Exist
Simon Liberati
Flammarion

Benjamin Berton Le 01 October 2007
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