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Le schéma de départ du Dresseur est simple comme bonjour : deux femmes d'âge mûr (entre 45 et 50 ans, on imagine), venues de Paris, se sont retirées dans un trou paumé de province. Elles habitent dans une belle maison de campagne et vivent discrètement leur homosexualité. L'une, Véronique, s'occupe de l'autre, Ginette, qui souffre d'une maladie dégénérative et ne marche quasiment plus. Le village le plus proche est à quelques kilomètres de là, typiquement français, avec ses gendarmes bienveillants et son garde-chasse alcoolique, qui voient d'un œil méfiant tout ce qui vient de la capitale. Inquiétées par le récit de vols avec violence intervenus dans le secteur, par la disparition inexpliquée d'une vieille dame et par l'isolement, les deux femmes décident d'acheter un chien : ce sera un Rottweiler, monstrueuse bête d'attaque s'il en est, que Véronique et Ginette souhaitent "immédiatement opérationnel". La bête arrive par l'intermédiaire du Club Canin avec son dresseur, un grand gaillard charismatique appelé Arnulfe. C'est là que tout démarre.
Méfie toi de ton voisin
Victimes et bourreaux
Le Dresseur s'échappe vers des territoires incertains pour devenir une sorte de fable affreuse où la nature humaine (les femmes indépendantes, surtout) et le monde tel qu'il est en prennent pour leur grade. La dramaturgie est outrée sur le dernier tiers mais la leçon passe à merveille. Rezvani résiste plutôt bien à tirer les enseignements qui ne gagneraient pas à être explicités et boucle son intrigue avec une maîtrise sensationnelle. Le Dresseur est un roman glaçant et admirable par sa fluidité, sa mécanique littéraire implacable et surtout sa noirceur. Il vous saisit à la gorge et vous terrifie de bout en bout. Le résultat est aussi dérangeant que virtuose.
Benjamin Berton
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