L'homme perdu de Saul Bellow fait partie des premiers héros sans illusions du milieu du siècle. Il porte sur lui un brin de désespoir hérité du Jean Désert de La Ville de Mirmon, un zeste de cette désespérance pour le quotidien qu'on retrouvera dans le Le Démon de Hubert Selby Junior mais aussi un cheveu du comique méticuleux et de la cocasserie de l'employé de bureau de la La mezzanine de Nicholson Baker. Le héros de Saul Bellow est un homme de l'entre-deux, un pied dans son couple et un en dehors, un pied dans le monde du travail et... deux en dehors, un pied dans les mondanités et un autre en dehors, antisocial mais pas trop, romantique mais pas trop. Ses déambulations ressemblent à celles d'un flâneur qui aurait perdu l'amour du monde. Son oeil est pétillant mais plus amusé et il ressent sur chaque pas la pesanteur de l'être qui mange à sa faim et ne sait pas quoi espérer de la vie...