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Je vole ! La bouche géante du ciel m'aspire, sifflant des bronches, un bruissement de serpents pour escorte, je n'entends plus rien que les grandes orgues fêlées du vent qui m'emporte en roue dans l'air, bras et jambe en étoile, filante, étoile du shérif projectile, cible ascendante, "Poule !", mais va-t-on me tirer comme une vulgaire poule d'eau, un colvert, n'importe quelle - non je suis la balle le boulet l'obus l'astre perçant la soie bleue des cieux, montant, tournant, en hélice, en ailes de moulin, un tours deux tours trois tours, quatre, cinq, trop rapide pour compter, trop haut déjà pour bien voir le monde qui s'effondre en bas, qui dévale la pente, mauve d'ecchymoses sous la tôle pliée, l'habitacle douillet où je dormais désormais changé en enfer de chairs plus mêlées que le linge derrière le hublot de l'essoreuse, Papa-Maman-Willy-Anna, le monde limité à ces mots qu'ils tiennent tant à m'entendre dire - et que chacun se pointe du doigt, et que chacun articule à se déboîter la bouche : "Paâ-ppa", "Maâ-mman", "Wiî-lly", "Aâ-nna", pour le cas où je les confondrais, comme si rien d'autre ne les distinguait, comme si je ne voyais pas qu'ils sont quatre - mais il n'y a plus de chacun maintenant, c'était peut-être ce qu'ils redoutaient, il n'y a plus qu'un bloc compact "wipamananllypanama" enchaînant les tonneaux dans sa descente folle, plus qu'un morceau d'éboulis lâché à la gravité, écrasant sur son passage tout ce qui vit - bien qu'à présent au moin réduit à la taille d'un dé à jouer, un dé qui roule, sans doute, peut-être, je ne le vois pas, je ne vois plus rien sous les larmes, le vent noie mes yeux, mais ils doivent continuer de descendre et le précipice approcher, la falaise, et la vraie chute verticale, plouf, et la mer se refermera, et alors il n'y aura plus rien c'est fatal, plus de mot à dire plus de visages plus de voix.
"Oh mon bébé d'amouwe ! My sweet love !"
Plus rien.
”
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