| . | Entretien avec Serge Lehman |
| . | Entretien avec Patrick Amine |
| . | Entretien avec Laurent De Sutter |
| . | Entretien avec Tristan Garcia |
| . | Entretien avec Brian Evenson |
| . | Toutes les interviews |
| . | Le monde en 2025 |
| . | MK vs DC |
| . | Steve McQueen, l'art de l'image fixe |
| . | Pitié ! d'Alain Platel |
| . | Valérie Lemercier au Palace |
| . | Tous les articles livres |
| . | Index livres |



Parallèlement à ce travail de mémoire, l'auteur s'interroge sur ce qu'est l'écriture en s'étendant longuement sur les affres de son apprenti-écrivain. Santiago Gamboa y reconnaît, non sans une certaine lucidité, qu'il n'a pas ce génie qui fait les grands de la littérature. Indirectement, il avoue qu'il compense ce « défaut » par un travail acharné « car on obtient ce que l'on veut quand l'objet désiré ne fait plus rêver ». Pour ce faire, le plus difficile n'est pas de s'atteler à la tâche, mais de se départir de ce sens critique exacerbé par des études de lettres trop poussées et les trop nombreuses lectures qu'elles imposent, sinon « rien de nouveau ne peut plus surprendre, accablé qu'on est sous le poids des idées acquises dans les manuels d'esthétiques ». Avec un cynisme ravageur, il se moque de la préciosité de certains amateurs d'arts qui ont pour seul discours esthétique l'évocation des artistes établis et de leurs œuvres les plus populaires.
La leçon que veut faire entendre l'écrivain, c'est qu'en matière littéraire le triomphe ne compte pas. Seul le plaisir d'écrire importe. Malheureusement, pour en arriver là, Gamboa est trop démonstratif. Le tournoi d'échecs, au cours duquel les angoisses littéraires de son narrateur sont désamorcées par la découverte du plaisir dans l'abnégation, est un artifice littéraire grossier et trop utilisé pour qu'on puisse se laisser convaincre. Jusque là le roman portait en lui cette gravité légère d'un parcours chahuté par l'Histoire, les rencontres et les passions, derrière lesquelles s'effaçait le narrateur. Avec cet épisode, Esteban cesse d'être le témoin de sa vie pour en devenir l'acteur principal. Et la plume de Gamboa, si truculente à raconter les autres, sert bien mal ce héros somme toute assez fade. L'auteur ne s'y trompe pas et préfère arrêter les frais en quelques pages, laissant Esteban face à une œuvre encore à écrire. Reste au lecteur un plaisir certain malgré un goût d'inachevé, et l'envie suscitée d'en connaître un peu plus sur la Colombie…
Esteban le héros
Santiago Gamboa
Traduit de l'espagnol (Colombie) par Anne-Marie Meunier
Métailié, 350 pages, 20,50€
[illustration : Editions Métailié Photo DR]
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z