Les Confessions de Saint Augustin




“Ah ! Seigneur, ayez pitié de moi ! Pauvre que je suis ! Voyez, je ne cache pas mes plaies ; vous êtes le médecin, je suis le malade ; vous êtes miséricordieux, je suis misérable. La vie humaine sur la terre est-elle autre chose qu'une « tentation » ? Qui peut souhaiter des tracas, des difficultés ? Vous ordonnez de les supporter, non de les aimer. Personne n'aime ce qu'il supporte, encore qu'il aime à supporter. On se réjouit de supporter, mais on aimerait mieux n'avoir rien à supporter. Dans l'adversité j'aspire au bonheur ; dans le bonheur je redoute l'adversité. Entre ces deux états, est-il un état intermédiaire, où la vie humaine ne soit pas une « tentation » ? Malheur aux prospérités du siècle, oui, deux fois malheur à elles, pour l'adversité qu'on y redoute et pour la caducité qui y gâte la joie ! Malheur aux adversités du siècle ; une fois, deux fois, trois fois malheur à elles, pour le désir qu'on y garde du bonheur, pour la dureté de leurs épreuves, pour les risques que la patience y court ! La vie humaine sur la terre n'est-elle donc jamais autre chose qu'une « tentation » ininterrompue ?