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La référence à Bret Easton Ellis jaillit malgré soi, dès les premières pages de Mes illusions donnent sur la cour : même richesse, même ennui, mêmes amours entre des garçons malheureux (qu'on imagine beaux, bien sûr, sinon c'est pas drôle). Mes illusions peut se lire comme l'hommage sans retenue d'un fan à un auteur, un hommage intelligent et créatif. Mais à la différence de Moins que zéro, Mes illusions place les personnages au cœur de la tempête. Sacha Sperling les mène, avec courage et intensité, à l'extrémité de leurs passions, quitte à ce qu'ils n'en reviennent pas entiers. A 14 ans en 2009, on est blasé, mais pas de tout. Sacha a encore assez de fraîcheur pour aimer Augustin sans ironie.
Star Ac, Coca Light, discussions MSN : Mes illusions est bercé par son temps, aussi dans l'écriture, qui privilégie les phrases courtes, et adopte parfois des airs de slam. On oublie de temps à autre la jeunesse du narrateur, tant il n'a pas l'âge de son regard et de sa plume. Sacha Sperling raconte l'adolescence alors qu'il en sort tout juste ; il manque donc de recul, et son héros ne sonne pas très collégien - ok, aujourd'hui les jeunes sont vieux, mais à ce point...
Bien sûr, la tentation est grande de confondre l'écrivain et le personnage, même si Winter n'est pas Sperling, insiste l'auteur. Dans ce cas, pourquoi lui donner son prénom, si ce n'est pour nourrir une confusion qui parasite le roman ?
Le livre terminé, on a le sentiment désagréable de s'être fait avoir. On aurait dû détester ces enfants gâtés capricieux, voir en Sacha Sperling un gosse qui joue à l'écrivain. Mais il y a ces passages qui, l'air de rien, concentrent les extrêmes et prouvent que Mes illusions ne cherche à tromper personne: « Nos corps emmêlés. Je repense à un reportage sur la guerre du Vietnam. Des tas de corps. Pourtant, nous n'avons mené aucune bataille. » Et cet aveu : « Je n'arrive jamais à regarder quelqu'un dans les yeux ». Quel piège.
Mes illusions donnent sur la cour, de Sacha Sperling. Fayard, 2009.
Madeleine Bourgois
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