Après « La Crucifixion en jaune », fameuse tétralogie consacrée aux déboires tragi-comiques d'un photographe anglais fétichiste, et amateur de jeunes filles japonaises, (dont le titre est un hommage à Henry Miller, autre amateur de jeunes, ou moins jeunes femmes), le français Romain Slocombe délaisse un temps ses japonaiseries favorites pour s'attaquer au monde de l'art contemporain, et en particulier celui de la scène body-art et performance, sans oublier de pointer un doigt vengeur en direction de la politique locale Française (en l'occurrence ici, Lyonnaise) en matière de culture.
Vengeur en effet, même si c'est avec humour que l'écrivain décrit les mesquineries, les lenteurs et autres incohérences administratives, qu'il à lui-même eu à subir, au court du festival Body Limits (qui devient « Une affaire de corps » dans le roman), en 2002. Autant dire que Mortelle résidence s'avère un roman ambitieux, à la fois satirique, contemporain, et historique, puisqu'il faut également tenir compte de la passion récente (mais pas nouvelle) de l'auteur pour l'Histoire, la grande, celle avec un « H » majuscule.
Une ambition dont Mortelle Résidence, qui explore dans un même élan les chemins tortueux du polar, du témoignage historique et du fantastique (voir de l'horrifique), s'efforce d'être à la hauteur, même si sa trame quelque peu embrouillée en troublera plus d'un. Qu'à cela ne tienne, c'est justement cette ambition et ses multiples pistes, qui font de ce roman un très agréable moment de lecture. Jugez plutôt :
"Architecte argentin fauché et désespéré, Oscar Guttiérez est invité par erreur à participer à une résidence d'artistes sur le thème du corps, se tenant à Lyon dans un ancien couvent. Une bâtisse transformée en prison par les révolutionnaires des siècles auparavant et théâtre d'évènements sinistres durant la grande terreur de 1793. Mêlé malgré lui à un groupuscule d'expatriés Chiliens dont le but est d'éliminer les anciens nazis exfiltrés en Amérique latine après guerre, Guttiérez est sommé de profiter de son passage dans la capitale des Gaules pour accompagner la « Gordita », une adolescente chilienne extrêmement déterminée, chargée d'abattre un ancien officier SS de passage en France sous une fausse identité. Et tandis que Laure Fortier, une journaliste du Grand Lyon, mène l'enquête sur une mystérieuse organisation néo-nazie, nous suivons également le périple de Yûko Nishi, artiste performeuse japonaise qui s'éprend d'Oscar, de sa maladresse et de sa dépression chronique. En parallèle, le lecteur découvre les lettres d'une jeune noble victime de la terreur révolutionnaire, dont le destin abominable va se trouver inextricablement lié, et de manière particulièrement atroce, à celui de tous les protagonistes du roman."
Contrairement à ce que pourrait laisser penser ce résumé plutôt coton, Mortelle Résidence se lit d'une traite et le passage d'un protagoniste à un autre, ou d'une époque à une autre, se fait dans la fluidité. Les amateurs de Slocombe (dont je suis) seront certainement ravis par ce mélange apocryphe (mais pas fantaisiste, tout est basé sur des faits réels, sauf les phénomènes paranormaux bien sûr) de hantises plutôt flippantes, de nazis pédophiles, de corruption politique et comme toujours chez l'auteur, de sexe plus ou moins foireux (toujours au dépend des (anti)héros masculins de Slocombe) avec de charmantes jeunes filles.
Les multiples clins d'œil aux personnalités existantes du monde de l'art participent, eux aussi, au plaisir du lecteur un peu informé. On retrouve en effet cités pêle-mêle, Philippe Liotard, le sociologue spécialiste du corps, une évocation du performeur et acteur de la scène SM belge, Francis Dedobbeleer dans l'artiste anglais au cheveux roses, Marie-Claire Cordat, dépeinte sous les traits de Mona, l'oganisatrice de la manifestation, etc.
Bien sûr, le final apocalyptique peut sembler tiré par les cheveux, mais Slocombe, à son habitude, dépasse les clivages de styles et de genres (polar, fantastique, etc.) avec plus d'aisance que le résumé du livre ne le laisse imaginer. Au final, si Mortelle Résidence n'est peut-être pas le meilleur Slocombe, il ravira tout de même certainement les amateurs de romans noirs hors normes, et tout ceux que les dessous de l'histoire officielle intrigue et passionne.
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