L'océan de la stérilité, Tome 1 : Lolita complex de Romain Slocombe



Critique

Note du livre Le roman de la momie

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Le roman de la momie



Satire du milieu de l'art contemporain et des classiques de l'horreur britanniques, le nouveau roman de Romain Slocombe, Lolita complex, porte un regard acerbe sur notre époque immature, sur fond de fétichisme, de prostitution adolescente, de néo-libéralisme et d'excès en tout genre.
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"L'Océan de la stérilité" : c'est ainsi que Romain Slocombe, photographe, écrivain, réalisateur et illustrateur, voit l'occident depuis qu'il a choisi d'y recentrer les aventures de Gilbert Woodbrooke, photographe fétichiste gaffeur, alter-ego de l'auteur et anti-héros récurrent de La Crucifixion en jaune, tétralogie dédié au Japon. Une série entamée en 2000 qui évolue rapidement. Entamée avec la gaudriole trash (Un été japonais dans la Série Noire de Gallimard), elle se clôture chez Fayard en 2006 sur un curieux devoir de mémoire (Regrets d'Hiver) : le roman évoquant en effet le massacre de Nankin par les troupes japonaises en 1937.

Entre temps, les amateurs auront noté la très nette évolution des romans de Slocombe qui, outre leur dimension tragi-comique, brossent toujours un tableau ultra-lucide et extrêmement documenté des dérives de notre époque et des horreurs de l'histoire (les expérimentations médicales militaires dans Averse d'automne, l'extrême droite et les sectes nippones dans Brume de printemps). Un choix que l'on retrouve encore dans Mortelle résidence, son précédent roman, hors du "cycle Woodbrooke", qui se révèle être un portrait aussi féroce que drôle du milieu de l'art contemporain.

Peter Pan cherche Lolita

Une dimension engagée dont n'est pas non plus exempt Lolita complex, premier volume d'une nouvelle trilogie, dans lequel l'auteur mélange avec audace littérature de genre, constat politique et sociologique. Outre les inénarrables péripéties de son anti-héros, sont également évoquées la prostitution de jeunes slaves en Europe de l'Ouest, la corruption généralisée et les dérives du système néo-libéral de l'Angleterre de Tony Blair. On y croisera aussi un artiste torturé, obsédé par les momies,  ou encore de mystérieux phénomènes de hantises dans un ancien hôpital psychiatrique transformé en Factory pour artistes contemporains, jusqu'à l'acteur Christopher Lee que l'auteur se permet d'invoquer dans ses bacchanales finales !
 
Autant le dire, Lolita Complex n'est pas de tout repos. Si minutieusement détaillé qu'il paraît parfois partir à la dérive, le roman est un parfait exemple de ce que l'on aime chez Slocombe, cette manière de faire du polar sans y toucher, du roman social sans prétention et surtout, de ne jamais oublier la distance et l'humour, même s'il est souvent noir, très noir ! C'est particulièrement flagrant ici, quand, entre deux chapitre consacré à une petite prostituée roumaine, Gilbert doit gérer ses crises de concupiscences pitoyables, non plus envers de jeunes et jolies japonaises contusionnées, mais plus classiquement envers ses compatriotes de sexe féminin. La "maturité" sans doute. Bien que le concernant, c'est un bien grand mot, ce personnage étant un éternel Peter Pan en quête de Lolita.

Triste Occident

Le Lolita Complex donc, ou la fascination érotique pour les toutes jeunes femmes, illustrée par le comportement de Gilbert Woodbrooke, trouve aussi un écho, par delà l'intrigue alambiqué et les péripéties des différents protagonistes de ce livre polyphonique, dans l'histoire touchante de Doïna. Jeune fille, à peine femme, prostituée de force de Lyon à Londres par un gang Albanais qui se sont servis du mirage occidental pour l'abuser.

Avec ce personnage tragique et condamné, Slocombe pointe du doigt vers l'immaturité d'une société vautrée dans son bien être et dénonce l'incapacité à grandir de ses citoyens. Doïna, Lolita malgré elle, est le symbole amer d'un monde entièrement dominé par des pulsions égoïstes, qu'elles soient sexuelles ou matérielles. Régi par les lois d'un mercantilisme qui touche même le genre humain, un monde où l'on ne sait plus que se servir et consommer sans réfléchir au conséquence. Une critique que nous lecteurs, aurons même parfois du mal à assumer, même si elle est vitale. En ce sens, Lolita Complex est un roman qui exige de prendre une certaine distance, autant qu'il a dû en exiger de son auteur. Chapeau Monsieur Slocombe !

Maxence Grugier

 

Le 05 janvier 2009

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