La Douleur de Manfred de Robert McLiam Wilson



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Titre original : Manfred's pain   Editeur : Christian Bourgois  Année : 1992   Genre : roman



Dans ce roman, l’auteur de Eureka street décrit avec une concision admirable et une précision quasi chirurgicale les derniers jours d’un vieillard, Manfred, qui souffre d’un certain nombre de douleurs. Il y a d’abord une douleur physique, qu’il refuse de confier aux médecins et dont McLiam Wilson évoque les effets avec une minutie extraordinaire, qui rappelle les souffrances endurées par son précédent héros, Ripley Bogle, dans le roman éponyme. Mais Manfred abrite des souffrances plus intimes : celles liées au souvenir de la Seconde Guerre mondiale et, surtout, celles de son mariage avec Emma, une rescapée des camps de la mort. C’est dans les rapports entre Emma et Manfred que se noue le roman : pourquoi un mari bat-il sa femme bien-aimée ? Le sait-il seulement ? Pourquoi, vingt ans après leur séparation, les deux époux (ils n’ont pas divorcé) continuent-ils de se voir chaque mois sur un banc de Hyde Park, à Londres ? Pourquoi Manfred n’a-t-il pas le droit de regarder le visage de sa femme ? Avec une écriture semblable à un scalpel, McLiam Wilson nous fait partager les affres physiques et morales, les tourments, les joies et les indignations d’une «fin de partie» parfois becketienne, où le tragique et le burlesque s’entremêlent en un savant dosage. Et personne ne décrit avec autant d’amour un Londres détrempé ou mouillé de bruine, son pavé luisant de pluie, les fastes de certains crépuscules et l’ennui gris de l’aube.