Bande originale : la vie et la perte, une chanson à la fois de Rob Sheffield



Critique

Note du livre A mixtape love story

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A mixtape love story



Avec Bande originale, l'américain Rob Sheffield nous fait le coup du Haute fidélité de Nick Hornby : un livre sur la musique, les filles, les filles et la musique, mais aussi la perte et le temps qui passe, à une différence près, et pas des moindres, le drame mis en musique par Rob est tristement autobiographique.
"La musique des années 90 me rend sentimental. C'est déplorable, vraiment. Mais je l'aime dans son intégralité. A mes yeux, les années 90 ont été la meilleure période de tous les temps pour la musique, même les trucs que je détestais sur le coup, même les trucs qui me filaient des crampes d'estomac. Chaque note de ces années est chargée de vie pour moi aujourd'hui", explique Rob Sheffield en intro de son émouvant roman, Bande originale. Un livre pas totalement "original" pour le coup puisqu'il nous rappelle le phénomène Haute fidélité de Nick Hornby, et dans une moindre mesure ceux de Chuck Klosterman avec qui Sheffield partage milieu professionnel et références générationnelles.
 
Il faut pourtant avouer que Bande Originale nous touche quand il se penche avec élégance, et une égale tendresse, sur une histoire d'amour tragique et une décennies trop souvent mésestimée. Finalement, au delà de cette triste histoire vécue, cette histoire d'amour trop vite finie, Rob Sheffield parle également de la vie qui passe. Sous la forme d'un roman d'amour,  et prétexte à rendre un hommage attendri à une femme et aux années 90, il évoque la musique et sa culture, l'ensemble n'étant que la " bande originale " d'un temps encore insouciant, celui de la jeunesse désormais révolue impitoyablement, emportée par le cours du temps qui s'enfuit. Disparue, comme Renée, héroïne malgré elle de cette tragédie moderne.

Les 90's en musique

Les années 90 sont réputées pour être une période pauvre musicalement. A écouter la jeune génération qui ne jure que par ce qu'ils ne connaissent pas (Ramones, Johnny Thunder, Patti Smith, le rock garage et la british invasion), cette décennie n'a accouché que de techno bas du front et de rock FM. Évidemment, les plus jeunes n'ont pas de mémoire. Ils oublient, volontairement, ou non (cette époque étant celle de leur grand-frère, voir de leur parents, horreur !) que les 90's furent d'une richesse inouïe. C'est celle de Pavement, des Pixies, de Dinosaur Jr, de Nirvana, Mudhoney, Sonic Youth, Yo La Tengo à son sommet.

C'est aussi celle du shoegaze (mouvement reconnu par les moins de 20 ans depuis le succès inespéré de Stuck in The Sound), genre roi des années 90 représenté par Ride, Slowdive, My Bloody Valentine ou des outsiders comme Boo Radleys. Les Etats-Unis furent particulièrement prolixe durant cette période. Accouchant de l'explosion Grunge et d'une troupe de songwriters de génie comme Lou Barlow (Sebadoh), Stephen Malkmus (Pavement), Ian McKaye (Fugazi). C'est aussi l'époque des labels indé : Sub Pop, Domino, Fat Cat, City Slang, Touch & Go (R.I.P.), Thrill Jockey (Tortoise et le post-rock) ou SST, Amphetamine Reptile, côté hardcore.

Une école qui vit la consécration des producteurs Steve Albini, Butch Vig ou Andy Wallace. Sans oubliez la scène techno véritablement à son apogée au milieu de la décennie avec des milliers de labels, producteurs et de DJ. Bref, en la matière, on avait rarement vu tous les styles et toutes les écoles représentés dans la même période, du hip hop expérimental à la minimal techno, en passant par la brit pop et le rock US indépendant. Un phénomène exceptionnel dans l'histoire de la musique ! S'il est important d'ouvrir cette parenthèse historique et culturelle ici, c'est aussi parce que c'est aussi le sujet du livre de Rob Sheffield.

Du rock " avec des nichons "

Si le narrateur du premier roman de cet américain, journaliste à Rolling Stones et à MTV, s'amuse à retracer l'histoire des années 90 en musique, c'est surtout à l'aune de ses sentiments pour Renée, sa femme. Une jeune femme excentrique et entière qui bouleversa sa vie avant de partir trop tôt, emporté par une embolie pulmonaire. C'est cette histoire désespéré parce qu'écrite d'avance (les caractères comme celui de Renée sont malheureusement des êtres que la vie aiment faire souffrir et nous enlever prématurément), que Sheffield essai d'exorciser dans Bande Originale.

Tout en parlant de Renée et de leur amour commun pour la musique, l'américain évoque une décennie exceptionnelle pour le rock et les filles. Une époque où des milliers de jeunes américaines décidèrent de prendre des guitares et de fonder un groupe. Une ère féministe, au vu des précédentes, qui vit un nombre impressionnant de groupes féminins, pop, rock ou grunge. Cette période correspond littéralement au caractère de Renée, et Sheffield fait le lien entre cette histoire et la leur, plus intime, au rythme des cassettes qu'ils s'offraient régulièrement. Chaque chapitres commençant par la photo d'une pochette de cassette, avec les titres et les groupes destinés à animer les différents moments de la journée.

Alors en effet, Bande Originale est bel est bien une love story des années 90. Une love story sur K7. Cela en réjouira certains, les sentimentaux et en ennuira sans doute d'autres, mais ceux-ci se retrouveront dans la " bande originale " du livre, foisonnant de détails rarement lus sur ces groupes qui nous sont chers, Pavement, Yo La Tengo, Nirvana et autres fleurons des 90's. Un gentil livre donc, écrit par un type gentil, mais un livre sincère aussi, et cela ne fait pas de mal de temps en temps.

Maxence Grugier

Le 24 mars 2009

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