Les Ennuis, c'est mon problème de Raymond Chandler



Critique

Note du livre Flic brutal, femme fatale, texte vital

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Flic brutal, femme fatale, texte vital



Les éditions Omnibus mettent le roman noir américain à l'honneur en publiant l'intégrale des nouvelles de Raymond Chandler, grand maître du genre, sous le titre Les Ennuis, c'est mon problème. Les écrits de Chandler sont suivis de Simple comme le crime, un essai sur le roman policier préfacé par Alain Demouzon. Le printemps sera noir ou ne sera pas...
Publié sous le titre Les Ennuis, c'est mon problème, ce recueil de nouvelles de l'immense Raymond Chandler montre les gammes du meilleur disciple de Dashiell Hammett, père du roman noir contemporain avec sa figure de détective (hard boiled) dur à cuire. Chandler qui, avec Mallory, Carmady, Evans ou Dalmas anticipe la silhouette à l'imper, feutre mou et Winston de Bogart : Philip Marlowe.
 
Dans le Los Angeles des années 1930, le détective se voit confier des affaires (chantage, vols de bijoux ou intimidation) où il promène ironie et nonchalance parmi les gangsters, les tripots, les flics véreux et les beautés fatales. Le personnage ainsi campé permet de dépeindre les atmosphères interlopes d'un monde de violence, d'avidité et de trahison ; avec un rythme, un humour, un sens du détail et de la repartie qui ont fait de lui l'une des grandes figures du roman noir, modèle de plusieurs générations d'écrivains.
 
De surprises en coups de gueule, de godets de whisky, en coups dans la gueule, la solution se profile, en vicieuse maîtresse de l'énigme, à la satisfaction de tous. Coups tordus, femmes fatales, moralité protestante démontée au gros calibre par l'auteur. Romantique à rebrousse-poil du noir, Chandler introduit dans le polar des innovations dépassant le cadre de la littérature populaire, en y mêlant sa vision de l'époque et de la littérature. Marlowe endosse, avec ses enquêtes, l'Amérique des années 1930 et de la dépression économique, des conflits entre classes sociales et des rapports entre réalité et fiction. Ce que le film noir, dans les adaptations de ses romans, prolongera puis modifiera selon la vision du metteur en scène : le cinéma comme révélateur du texte et de ses présupposés.
 
Le recueil s'ouvre sur Les maîtres chanteurs ne tirent pas, écrit en 1933, alors que Chandler a 45 ans, et qui emprunte à Dashiell Hammett, roi du dégraissage stylistique, pour se clore sur Un été anglais, sa dernière nouvelle de 1959 : une rêverie estivale désenchantée, impressionniste, qui a peu à voir avec la pègre. Mais partout, on trouvera l'ironie des situations et la force cinglante des dialogues. Au fil des lignes, le romancier aura inventé un incorruptible de rêve, adepte de la justice coup de poing, qui déteste autant le crime qu'il adore les femmes, et dont le cynisme cache sa totale incapacité à vaincre complètement le mal, tout en sachant qu'il y est contraint.
Jean-Pierre Simard

 

Le 28 avril 2009

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