Alcool de Poppy Z. Brite



Critique

Note du livre La grande bouffe

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La grande bouffe



Roman savoureux sur bien des points et premier volume d'une trilogie culinaire, Alcool est une bonne surprise de cette rentrée littéraire, qui donne l'occasion de retrouver Poppy Z. Brite dans une ode à la Nouvelle-Orléans, sa culture et sa région, la bonne chaire et les spiritueux.
 
I ♥ New Orleans
 
L'office du tourisme de la Nouvelle-Orléans devrait verser une allocation aux écrivains de la ville (et des régions adjacentes), pour service rendus. Les instances dirigeantes devraient au moins élever un monument, ou une plaque, aux Lucius Shepard, Barry Gifford, James Sallis, Anne Rice (si si, même elle), James Lee Burke, John Kennedy Toole ou Poppy Z. Brite. C'est le moins, au vu de la façon dont ces auteurs rendent régulièrement hommage à la ville, et décrivent la région qui l'entoure. Toujours empreinte d'amour, même dans les récits les plus noirs, l'écriture du sud des Etats-Unis, tout comme les descriptions de ses rites culinaires et de ses nombreux restaurants, bars ou bouges qui hantent les pages de la littérature sudiste, sont de véritables invitations à visiter cette partie du monde et à profiter de ses bienfaits. En l'occurrence, ce n'est pas Poppy Z. Brite, dont le très digeste et gouleyant Alcool parait ce mois aux éditions du Diable Vauvert, qui contredira mon propos.

Histoire d'amour et d'amitié, Alcool est aussi un hymne à la Nouvelle-Orléans et sa good side of life, parmi lesquels la picole et la bonne bouffe tiennent le haut du pavé. Le roman met en scène Rickey et G-man, deux personnages déjà présent dans la Petite cuisine du Diable, recueil de nouvelles et d'histoires courtes tournant déjà autour des thèmes de la cuisine et de la mort. Ces cuisiniers dans l'âme, amis depuis l'enfance, amants depuis l'adolescence, sont bien décidés à monter un restaurant unique. Et quoi de plus appropriée dans la ville de Mardi Gras et des orgies alcoolisées, qu'un lieu où le menu serait entièrement basé sur l'alcool ?

De fait, l'idée séduit un des plus puissant restaurateur de la ville, Lenny Duveteaux qui décide d'aider nos deux cuistots désargentés, mais Rickey et G-man devront également faire face à la folie paranoïaque de leur pire concurrent, un cocaïnomane proche de la mafia, qui est aussi l'ancien patron de Rickey. Dans ce roman culinaire rythmé comme un polar, nos deux working-class heros devront assumer les responsabilités d'entrepreneurs, éviter les pièges, passer outre les magouilles et prêter serments, car le milieu de la cuisine et des grands chefs à la Nouvelle-Orléans, n'est pas seulement la façade policée que le client perçoit de sa table.

Buveurs de sang et gastronomes

Par son parti pris positif et son côté bon vivant, Alcool surprendra certainement les lecteurs de Brite habitués aux récits sanglants, passionnés et excentriques mettant en scènes vampires adolescents et serial killers fiévreux. Rien d'étonnant pourtant à voir évoluer un auteur aussi prolifique que Poppy Z. Brite. Avec Alcool, cette native de la Nouvelle-Orléans, romancière depuis plus de seize ans, poursuit à sa manière sa quête d'une réalité autre, ici, celle des grands chefs cuistots et de l'envers du décor au sein duquel ils s'agitent comme des forcenés.

Roman de la maturité donc, Alcool actualise en quelque sorte les obsessions de l'auteur (l'homosexualité, le monde de la nuit, les marginaux), transposant son univers fantastique vers celui, non moins excessif, du monde de la restauration. Vif, incisif et globalement optimiste, ce roman savoureux vaut aussi pour le bonheur avec lequel l'auteur partage sa passion pour la ville qui l'a vu naître. Poppy Z. Brite prend visiblement beaucoup de plaisir à décrire ses quartiers favoris, ses lieux de plaisirs, ses rites (souvent extrêmes) et ses coulisses, sans oublier les nombreuses recettes et idées culinaires offertes ici gratuitement par une vraie férue de cuisine.

Un dernier conseil : pour dégustez Alcool, munissez vous de quelques solides encas et d'une bonne bouteille, ou vous risquer de devoir interrompre la lecture de ce roman à dévorer plus souvent que de raison, pour cause de grignotages intempestifs.

Poppy Z. Brite, Alcool, Au Diable Vauvert, septembre 2008

Maxence Grugier Le 17 août 2008

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