Polichinelle de Pierric Bailly



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Note du livre Jurassic Park

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Jurassic Park



Dans un bled du Jura plus flippant d'ennui que n'importe quelle banlieue urbaine, une bande d'adolescents fait tout pour échapper à la morosité ambiante, quitte à basculer dans le tragique. Avec ce mince argument et une langue à l'inventivité inouië (Lire notre entretien), Pierric Bailly fait de Polichinelle, le premier roman le plus revigorant de la rentrée littéraire.

- Lire l'entretien avec Pierric Bailly.

 

« Ici c'est minuscule, l'Est de la France, pas l'east coast du Wu tang Clan , ça raille et puis ça trouille. ».
Ici c'est Clairvaux, petite bourgade jurassienne où une poignée d'adolescents lutte pour ne pas crever d'ennui.
Il y a Johannes, Charlotte, Jules, Laura et Diane et il y a Lionel, le frère aîné de Diane, plus de 20 ballets au compteur, mais qui doit survivre malgré cette certitude : « à 17 ans les gens sont périmés ».

Entre quelques virées en bagnole, des après-midi au bord de piscines qui ne leur appartiennent pas et dans lesquelles finit parfois la moitié du mobilier, ils s'inventent une existence nouvelle et autonome.
Rêvent d'Hollywood ou du Mexique, de manger des perroquets ou de monter les marches cannoises, dans tous les cas de passer les frontières d'un univers aussi étriqué que la fête foraine du coin. « Parce que notre monde est petit. Les mêmes manèges que l'année dernière, les même têtes, sur les bancs des auto tamponneuses les mêmes bandes de brutus, machin,là, qu'est toujours champion du Jura de kickboxing, qui s'éclate le poing sur le punching ball, là, le truc de Jacky qui indique si on est une lopette ou un mutant ».

Langue violente et violentée

Sur un mince argument de roman adolescent qui narrerait le conflit entre le désir d'une individualité forcément marginale et le poids limitatif des structures sociales, Pierric Bailly réussit un des romans les plus revigorants de la rentrée.
Polichinelle
surprend d'abord et jusqu'à la fin par son inventivité stylistique. Son rythme tient plus du flow hip-hop comme celui qu'écoutent les protagonistes (Missy Elliot, Dr Dre) que du Nouveau Roman ou de la ritournelle pop française - « tous des connards à guitare sèche ».

Il y a surtout cette langue inouie, mélange constant d'argot adolescent et d'expressions désuètes, une langue violente, et violentée, à qui est refusée la paresse de l'oralité retranscrite et tous les tics de langage « caillerateux » qu'imposerait le genre urbain.
D'ailleurs il s'agit du 3-9 et non du 9-3, ce n'est pas exactement l'inverse parce que ce n'est pas mieux : Pierric Bailly parle d'une jeunesse rurale plus superbement ignorée encore que sa cousine citadine qui a au moins ponctuellement les faveurs du spectacle médiatique.

Résister à tout
Absurdes grotesques et parfois même cruels, les personnages de ce théâtre jurassien courent vers une issue de faits divers et de "Unes" du journal local.
En attendant ils résistent, à tout, à la torpeur des jours identiques comme aux poings des bourins du coin. « On tente le diable, notre seule chance. On a un gros cul, un gros nez, on les écrabouille, on rebondit, on les réduit un à un à l'état de tomates farcies, clafoutis aux cerises, gros dégueulis de barbares qui pissent la framboise ».

Et Bailly d'épouser parfaitement les manifestations de cette énergie déployée sans but, cette audace dépourvue de motivation, gratuite et généreuse qui emmènera la clique loin, trop loin. Pourtant rattrapée jusqu'au dernier moment par son créateur fantasque qui laisse ouvert l'espace de possibles et livre un roman dont on pourrait dire qu'il est, à l'instar du Jura dans les publicités, "un pays qui respire".

Daniel Le 25 August 2008

Sur Flu

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- Le dossier sur la rentrée littéraire

 








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