Polichinelle de Pierric Bailly



Critique Lecteurs Votre note

Editeur : P.O.L.  Année : 2008   Genre : Roman


Jurassic Park La critique de Daniel Dans un bled du Jura plus flippant d'ennui que n'importe quelle banlieue urbaine, une bande d'adolescents fait tout pour échapper à la morosité ambiante, quitte à basculer dans le tragique. Avec ce mince argument et une langue à l'inventivité inouië (Lire notre entretien ), Pierric Bailly fait de Polichinelle, le premier... | lire la suite


« Des corps débiles, langues bien pendues, traits tirés, l’été jurassien, de nos jours, campagne française qui lorgne sur tout ce qui bouge de l’autre côté de l’Atlantique, qui saute sur la première occasion de se donner des coups, qui se dépêche de tout casser, de tout gâcher, au cas où il y aurait quelque chose à en tirer. »

Voici, rédigée par l’auteur, la jolie quatrième de couverture d’un surprenant premier roman. Il raconte une histoire actuelle : une histoire de jeunes crétins de milieux plutôt aisés – c’est l’année du bac, un peu avant pour certains, un peu après pour d’autres – qui écoutent du rap, qui s’ennuient, qui ont de petites histoires de sexe, qui boivent, qui fument, qui font des bêtises, de grosses bêtises finalement puisqu’il y aura mort d’homme et qu’ils se retrouveront en première page du journal. Ça se passe entre Besançon et Lons-le-Saunier et ça déménage... L’histoire en elle-même est, sinon banale, ordinaire : c’est aussi ce qui fait le prix de ce livre, cette plongée dans une atmosphère et un esprit, une culture, peut-être assez répandus, en tout cas vraisemblables.

D’autant plus vraisemblables que l’écriture qui nous les donne à lire est incroyablement vive et qu’une belle imagination l’accompagne. Le tour de force de Pierric Bailly, c’est d’avoir transformé un langage dont les puristes disent, pas toujours à tort, qu’il est relâché, en une forme travaillée, qui exploite toutes les ressources syntaxiques, rythmiques, métaphoriques, lexicales – et on s’aperçoit qu’elles sont nombreuses – d’un parler qui est constitué d’un mélange en principe pauvre et stupide d’argot, de néologismes, et d’américanismes, etc. rarement utilisé comme matériau littéraire. Un mélange verbal presque aussi déconcertant, quand on l’aborde, que l’ancien français, par exemple. Mais, comme pour l’ancien français l’accoutumance est rapide parce que la structure est là, derrière, qui tient tout.



“ Je suis très très chaude, nous crache Missy Elliot du poste de Johannes. Je suis une tache d'huile dans un gobelet de Volvic. Demain je serai une tulipe dans un godet en bronze de gin tonic. Missy éclabousse. Un bain de mousse, une cambrousse de coton. Je flotte, je bronze. Son chant bouillant. Asperge-moi de décapant et je me gratte, et Jules rapplique, gare...
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