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Auteur de Polichinelle, l'un des premiers romans les plus excitants de la rentrée, Pierric Bailly explique ici où il puise son énergie et son inspiration.
Lire la chronique de Polichinelle
Le livre s'ouvre sur une allusion à Missy Elliott et une page au rythme très rap. En quoi la musique hip-hop a t-elle influencé ton écriture ?
Le phrasé de certains rappeurs américains ou anglais, le flow - NTM dit : "et si t'as le pedigree ça se reconnait au débit" -, la façon dont on pose un texte sur une phrase musicale, sur un beat, m'ont soutenu dans l'écriture de ce roman, que je voulais nerveux et tendu. Je retrouvais ça à l'usine, la répétition des mouvements, les bruits, et si l'on est attentif, viennent toujours s'immiscer tout un tas de petits dérèglements, et c'est là que commence la musique, ou la littérature.
Missy Elliott c'est ces cris qu'elle pousse au milieu de la phrase, ces gémissements, ces rires, qui provoquent l'euphorie sur les dance-floor. De même que dans un match de ping-pong, ce qui intéresse c'est quand un mec balance un smash ou envoie la balle dans le filet.
Malgré l'apparente oralité de la langue, ton style frappe par son niveau de sophistication halluciné ( et franchement hallucinant). Le rythme est souvent basé sur l'alternance d'argot estampillé jeune et de vocables désuets. D'où t'est venue cette idée ?
Je n'ai rien inventé, l'argot est bien souvent composé de vieux mots, par exemple appeler le père le daron, aujourd'hui il n'y a que les jeunes qui osent le faire, mais ça date d'avant les pharaons...

Ton livre raconte l'histoire d'adolescents plus ou moins à la dérive mais qui font preuve d'une énergie parfois très destructrice et sans ironie. Tu écris d'ailleurs des phrases comme « le second degré c'est à partir du lycée non ? » Es tu toi-même nostalgique de cette période ?
Je n'ai pas vécu mes années lycées comme les personnages de Polichinelle, je sortais peu, je restais chez moi et je lisais, je discutais avec ma grand-mère, je regardais des films. J'ai fait 3 années d'études à Montpellier, fac Arts du Spectacle, aucun intérêt, et à 21 ans, l'âge du narrateur de Polichinelle, je suis rentré dans le Jura.
Je me sens beaucoup plus proche des mecs perdus, leur brutalité, leur folie, les neuneus, les mecs qui "ont un peu du mal"
Ton narrateur Lionel, qui a presque l'âge que tu avais quand tu as commencé à écrire ce livre, refuse la compagnie des gens de son âge. Que penses tu des gens de ta génération ?
A Montpellier, en fac, j'ai rencontré plein de mecs pompeux, des mecs très sûrs d'eux et qui n'avaient rien dans le ventre, et quand j'ai retrouvé ces fous furieux du Jura, ça m'a fait du bien. Les gens de ma génération, je ne les côtoie pas beaucoup, je ne raffole pas du "lieu alternatif" du quartier, du festival de court-métrage sur la grande place, du "petit concert sympa" dans le bar d'en face. Enfin, c'est toujours la même chose, on est tous un peu bête et persuadé d'être formidable, et on se la pète tous un peu trop.
Au dela de cet age ton livre est aussi une ode aux marginaux ou même plus largement aux ploucs plutôt ignorés par la culture française, contrairement à l'Angleterre où les « lads » du Nord peuvent raconter leurs frustrations de provinciaux et devenir branchés.
Venez à Lons le Saunier, vous en verrez un paquet des mecs en slim à mèche qui se prennent pour les Arctic Monkeys
Tu tapes d'ailleurs volontiers sur une certaine culture française douce amère, « un pays de couilles molles ». Tu la juges élitiste au regard de ton gout pour la culture populaire ?

Globalement, très « territorialisé » ton livre ne rentre pas dans le cadre de la littérature française sans pour autant singer les romanciers américains. Parle nous de tes influences littéraires.
Polichinelle se déroule à Clairvaux dans le Jura transformé en terrain de jeux interdits pour Lionel et sa bande et en territoire peuplé de freaks . L'office du tourisme ne t'a pas intenté de procès ?
C'est vrai, ça, que ça raille et que ça trouille. Comme on dit, ça parle sur toi. Je ne sais pas ce qu'on va raconter, mais je suis sûr que ça va y aller, ça va bien baver, et il y aura plein de gens qui seront super jaloux et je suis bien content. Et puis si l'office du tourisme veut me coller un procès, qu'il n'hésite pas, je l'attends.
Propos recueillis par Daniel De Almeida
Illustration : 1. Pierric Bailly ( c ) Hélène Bamberger/P.O.L | 2. Photo extraite du film La Vie de Jésus (dr)
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