Vie de Joseph Roulin de Pierre Michon



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Editeur : Verdier  Année : 1988   Genres : Biographie Récit



" Je voudrais faire des portraits qui un siècle plus tard aux gens d'alors apparussent comme des apparitions " écrivait Van Gogh il y ajustement un siècle. Ces portraits, on peut douter qu'ils apparaissent aujourd'hui: comble de la valeur marchande, ils sont aussi peu visibles que les effigies des billets de banque. C'est que Van Gogh, qui accessoirement était peintre aussi, est une affaire en or. Dans cette affaire, il est bien au-delà de son oeuvre maintenant, nulle part. J'ai voulu le voir en deçà de l'oeuvre; par les yeux de quelqu'un qui ignore ce qu'est une oeuvre, si ce phénomène était encore possible à la fin du siècle dernier; quelqu'un qui vivait dans un temps et dans un milieu où la mode n'était pas encore que tout le monde comprît la bonne peinture: ce facteur Roulin qui fut l'ami d'un Hollandais pauvre, peintre accessoirement, en Arles en 1888. Et bien sûr je n'y suis pas parvenu. Le mythe est beaucoup plus fort, il absorbe toute tentative de s'en distraire, l'attire dans son orbite et s'en nourrit, ajoutant quelques sous au capital de cette affaire en or, sempiternellement.
Cet échec est peut-être réconfortant: il me permet de penser que le facteur Roulin se tient nécessairement devant qui l'évoque à la façon d'une apparition, comme le voulait celui qui le fit exister.



“     Roulin ne dort pas non plus. Le quinquet brûle sur la table. Augustine dort, et le mainate aussi : on voit juste la petite crête violente, jaune, sur cette masse chétive et refermée comme un poing noir. Ainsi c’était un grand peintre ; quelqu’un donc dont les tableaux doivent être vus par tout le monde parce que...
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