L'ange incliné de Pierre Mari



Critique Lecteurs Votre note

Editeur : Actes Sud  Année : 2008   Genre : roman



Alors que se profile l'âge des renoncements, un quadragénaire fait une rencontre : Anna, singulière et inespérée, ne cessera plus de le fasciner. Dans la chapelle d'une cathédrale, le lendemain, un age incliné semble approuver ce qui advient. Mais la jeune femme a d'autres attaches. L'histoire qui commence est faite d'interstices : absences, retrouvailles, quelques journées de vacances, un minuscule voyage dans les cimes.

Grâce à elle, il lui semble s'affranchir d'une existence en berne : sa mère ressasse dans son veuvage d'anciennes rancoeurs, sa jeune soeur séjourne le plus souvent en hôpital psychitatrique, ses collègues de l'université cultivent le savoir comme ils prêcheraient la résignation. Demeure pourtant chez lui, intacte, l'exigence de l'imprévisible.

"Ne pas démériter d'une poignée d'images de jeunesse", tel est peut-être le voeu le plus cher du narrateur. L'ange peut bien dire qu'il s'envolera : les phrases de Pierre Mari ont des lumières de paysages après la pluie. Les mots gardent et libèrent l'éblouissement.


Hélène (invité)  le 07 Octobre 2008 à 19:08  

Parfois, c'est lorsque l'on tient entre nos mains ce quelque chose qui nous manquait que l'on s'aperçoit qu'il y avait un trou, depuis toujours. C'est ce qui est arrivé au personnage de l'Ange incliné, qui, à travers une rencontre que rend propice l'imaginaire du train va peu à peu dérouler -et quitter- une existence qui ne lui ressemblait plus. La rencontre, c'est celle d'une jeune fille, inconsciente des formes que peuvent prendre les recettes attendues d'une existence sociale propre. Signe vertical d'une poésie qui vient renverser toutes les conventions, cette rencontre se profilera jusqu'à ce que le personnage retrouve sa ligne principale. Anna c'est un ange protéiforme, un bouleversement iconoclaste. Un signe que la vie nous envoie et dont la belle leçon finale sera qu'il n'est pas fatal de renoncer. Même si bien sûr il est là, on ne le voit jamais, il est tu. Mais comme on le sent. Pudique, effleuré, le sentiment amoureux ne s'affirme pas. Sa présence traverse les lignes du récit. Il traverse les mots. On le respire plus qu'on ne le lit. C'est ainsi que va s'imposer la nécessité de l'amour comme force d'un renversement.




“ Je venais d'avoir quarante ans. De tous ceux qui m'accompagnaient depuis des années, et dont la jeunesse s'était confondue avec la mienne, pas un qui n'eût récemment avoué : Il est trop tard, je ne ferai jamais oeuvre personnelle et créatrice. Cette conclusion, chacun avait une façon de la déduire et de s'en...
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