| . | Entretien vidéo avec Marie Ndiaye |
| . | Entretien avec Barry Gifford |
| . | Entretien avec David Heatley |
| . | Entretien avec Will Self |
| . | Entretien vidéo avec Jay McInerney |
| . | Les interviews Livres |
| . | Berlin selon Jean-Yves Cendrey |
| . | Les Belles étrangères |
| . | Les écrivains à la télévision |
| . | 10 façons de faire vendre des livres |
| . | Google vs La Martinière |
| . | Articles Livres |
|
clarck87
02 Janvier 2009 à 16:25
Pierre GASCAR, Le fugitif, Paris, Gallimard, 1961, 317 p.2 01 09 THEME Paul, évadé en 1945 dans les derniers jours de la guerre, s’arrête dans une ferme allemande, un haras où il fait la connaissance de Lena, malgré son père qui part bientôt avec les métayers réquisitionnés. Il reste seul avec elle, tient la propriété, accueille un convoi de réfugiés du front de l’Est, se lasse d’elle, part en jeep et est victime d’un accident. A partir de là, il décide de profiter pour continuer sa fuite et recherche l’Allemand qu’il avait frappé pour s’enfuir du camp de prisonniers, puis Maria qu’il avait chassée et dont il garde la culpabilité. L’Allemand n’est pas mort, mais Maria, prostituée notoire est assassinée avant qu’il ne la retrouve. Il se décide à rentrer en France, mais ses activités clandestines de marché noir actif et d’espionnage, à Nuremberg notamment et Berlin, après sa fuite du haras le rattrapent et amènent la police allemande à le pourchasser et lui tendre un piège. Il doit s’enfuir encore et ne parvient qu’à regagner la ferme de Lena, où l’attend Wittgenstein, son père… AVIS Style de grande maturité, passages poétiques chantant la nature proprement allemande, c’est-à-dire assez noire, sombre, romantique. On retrouverait ici Giono, Bazin, Caillois pour sa fascination pour le monde naturel (« écriture exigeante consacrée à l'exploration des liens entre les végétaux, les animaux et les hommes » Wikipedia) L’histoire est, jusqu’au bout, prenante, sans détour inutile, sans retours ni digressions. La fin m’a laissé une impression amère dans la mesure où le héros, Paul, auquel malgré tout on s’identifie puisque c’est le héros, meurt. Donc, on revient immanquablement sur l’histoire et on s’interroge s’il était légitime de faire mourir le personnage principal. La réponse est assez évidente mais pas totalement. En effet pas totalement parce que Paul n’est pas un salaud. Ensuite il a payé par anticipation de cinq ans d’emprisonnement dans un stalag d’où on ne sort pas très attendri. Son assassin, le père de Lena, n’est pas un personnage sympathique et on pense à deux ou trois reprises dans le livre que c’est Paul qui va l’abattre, dans le marasme de la débâcle allemande. Mais Pierre Gascar estime ici qu’il mérite la mort sans doute parce que : . Il a frappé un gardien dont il avait (peut-être) la confiance, on ne sait pas (en tout cas il n’est pas mort puisque sur un quai du métro de Berlin il revoit soudain Peter Seiss sur l‘autre quai) . Il a chassé Maria, réfugiée de l’Est dans le Haras parce qu’elle troublait les hommes et empêchait les travaux de se dérouler normalement. Elle tente de le séduire mais il reste fidèle à Lena. Il la chasse sans doute pour s’éviter une tentation et des problèmes. Il s’en repent à plusieurs reprises, mais on ne le croit pas trop . Il a trafiqué, il s’est laissé embobiner par Skryne le Polonais dans son trafic de papiers et de microfilms. An total, Paul n’est ni sympathique, ni antipathique, c’est vraisemblablement un faible qui profite beaucoup de la situation. L’auteur montre à mon avis très bien ce concours de circonstances qui plonge un individu médiocre dans un contexte social et politique exceptionnel. La médiocrité de Paul (on ne connaît pas son vrai nom, il ne parle jamais de la France, on ne sait pas qui il a laissé ni de quelle région il aurait la nostalgie, parce que, quand même !…) Donc, le héros, un faible, sans grand charisme, devient pour les Allemands vaincus un être qu’on craint ou dont on se méfie et ce statut l’embarrasse. La fin de la Guerre lui donne en quelque sorte des vêtements trop grands pour lui : une jolie jeune femme assez aisée dont il profite jusqu’à se marier, un emploi de contremaître forestier avec des dizaines de réfugiés à commander, des cartes alimentaires américaines pour faire vivre tout le monde et pour se fournir en matériel (dont la Jeep qui l’aidera à fuir à nouveau). Sa fuite du haras le remet dans son véritable costume de médiocre parce qu’il doit chercher une fausse identité d’allemand, manger, vivre, et les personnages multiples et louches qu’il côtoie, à côté de la grande nature qu’il a quittée, lui redonnent son échelle, sans doute moins exaltante mais plus juste. En résumé, on admire l’écrivain poète, on apprécie la technique et le talent avec lequel il joue de la complexité des faits humains et sociaux. Mais on peut douter, comme je l’ai fait, de la pertinence, sur le plan du roman, de mettre en scène un individu assez peu profond, bien moins en tout cas que la nature sylvestre qui l’environne, bien moins encore que les bouleversements politiques qu’il ne questionne jamais, un personnage qui n’est français que de prénom, sans surface, sans passé, sans nostalgie, un Français sans France. De cela, je pense qu’on peut en vouloir à Pierre Gascar. Ce n’est pas parce que le prisonnier a appris à parler couramment la langue allemande qu’on est prêt à accepter de le voir séjourner là, alors que la France est à côté, que les Américains sont dans le village voisin. Il aimerait Léna pour la vie, on l’accepterait. Ce n’est pas le cas. Alors on se dit plus d’une fois, mais qu’est-ce qui le retient pour ne pas rentrer dans son pays? Paul est sans doute un velléitaire. Ce personnage n’est pas un Monsieur. Et peut-être, au fond, est-ce la raison pour laquelle sa mort est acceptable. Mais si on se dit qu’une guerre, un long internement en stalag font payer cher une vie, cette mort est aussi dans l’autre sens, cher payé puisque ses fautes, objectivement, ne la lui font pas mériter. Alors quelle est la moralité ? Qu’il ne faut pas être médiocre ? La réponse doit se trouver dans d’autres livres de P. Gascar. |
||
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z