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Ces quatre textes, tels les volets d'un même retable, offrent une unité formelle évidente : un incipit déroutant, à la syntaxe diffuse, en ricochets, offre au lecteur un art poétique en miniature, chambre d'écho du court récit qui le suit. Un paragraphe conclusif clôt à chaque fois le texte sur lui-même, en jouant, par de subtiles variations, avec cette énigmatique ligne directrice. Le parcours du lecteur oscille entre ces deux pôles : jeu de miroirs déformants qui incite à la réflexion plutôt qu'il ne l'impose, qui laisse le lecteur cheminer librement au travers de textes superposés et de jeux typographiques.
La première nouvelle, Il est temps, est un texte en suspens, une sorte d'ébauche épurée, comme un lavis oriental, d'un conte fantastique. Un personnage vient chez le narrateur récupérer une pierre, en apparence anodine, qu'il doit remettre à sa place, dans la construction de la fiction, pour continuer à exister. Sous l'oeil ébahi du narrateur, le credo structuraliste devient matière même de la fiction : la mission du personnage s'achève, car « chaque élément, dans chaque construction, a une place qui lui est propre, une place qui, paradoxalement, ne peut être changée, même si les matériaux paraissent identiques. Le jeu de l'éloignement du même, la translation inhérente à la disposition des pierres fait que chaque pierre est et n'est plus la même que celle qui la précède, chaque pierre posée incluant la forme, l'idée de celle qui la soutient ». La fiction, au moment même où elle dévoile sa construction, n'ouvre qu'au suspens du sens, à la quête, au manque. Au deuxième texte du recueil.

Sphères complexifie encore ce rapport de l'écriture et de la lecture. Sous les auspices de Borges, la bibliothèque devient « quelque chose comme un lieu hors du lieu, un objet sans objet, l'essentielle vacuité dans laquelle tous les possibles auraient la joie de s'ébattre ». Par un mouvement dialectique, c'est un nouveau rapport au texte qui est mis en place : au-delà du travail de construction et de déconstruction, la fiction prend appui sur le principe de l'aléatoire. Après le curriculum vitae saugrenu de Jean Climax, écrivain, nous sont livrées les biographies de ses personnages, dont les éléments épars et hasardeux finissent par tisser des liens inédits. Pure gratuité de ces jeux langagiers ? Non. Grâce à un idéalisme marqué, Jean Climax et ses personnages sont inscrits dans la fiction et la dépassent : « Etant toujours à la mesure exacte de l'idée, leur existence n'est nullement contestable puisqu'elle rejoint constamment et très effectivement la réalité qu'elle dépasse le plus souvent ».
Grâce au quatrième texte du recueil, Une autre possibilité, le lecteur entre définitivement dans le jeu des mots et de la création du sens. Il est invité à lire, dans un mouvement libre de toute trajectoire, des gravures, cases numérotées contenant chacune une sorte de haïku. Ce travail actif de reconstruction ouvre à un idéal que chacun peut définir à son gré : « une porte s'ouvre sur une image vue et le nom des roses plaît dans un grand jardin. Un grand jardin voyage avec une chose dite et il suffit de l'aimer pour l'accompagner et la partager ». Renversement de point de vue, ouverture du double fond : ce parcours d'un écrivain-lecteur, exhibant les sources de sa création, est devenu parcours d'un lecteur engagé dans le processus de l'écriture aléatoire. Les cinquante-neuf gravures (la soixantième est « laissée à l'inventive et italique discrétion du promeneur ») peuvent se manier dans tous les sens et miroiter de mille feux : la littérature se fait rubik's cube - avec une case en moins.
« Il n'y a pas d'exercice intellectuel qui ne soit finalement inutile ». Comme tout « objeu », ce texte réflexif, ce condensé de « bibliothèque », met en avant ses coutures, ses références, son ludisme. Mais, loin du pessimisme de Jacques Brou dans La grande vacance (Léo Scheer, 2002), Pierre Courtaud souligne la formidable disponibilité de l'imagination humaine, et non la sécheresse autodestructrice de la réflexivité. L'auteur se présente donc comme un singulier faussaire : il n'est ni dans la récréation, ni même dans la re-création. Ce pied-de-nez à la gravité, à la « tromperie la plus sûre qui est celle de la raison raisonnante », engage le lecteur dans un processus actif de création. Littéralement, et dans tous les sens.
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