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Autobio-agiographie
Comme l'annonce son auteur en prologue, le livre Freelance, sous-titré "une vie dans les marges du journalisme", est à la fois "reportage, souvenirs, biographie et anthologie". Fort de ses presque 450 pages de hauts-faits, analyse d'une époque, flashback et autres délires obsessionels typique de Garnier, sans oublier des deux versions du fameux "Splendor in The Short Grass", chef-d'oeuvre de journalisme transversal du Lewis en question (en VF et en VO s'il vous plait !), Freelance tient autant du guide pour ceux qui oseraient s'engager sur les traces encore à suivre de deux grands journalistes freelance, que de véritable "Petit Garnier Illustré". Tout y est, sa passion de la musique (ici, souvent, le blues et la country), le cinéma, l'Amérique bien sûr, mais aussi son goût pour les écrivains de seconds rangs, les tacherons d'Hollywood, les seconds rôles, l'architecture, que sais-je... Freelance a beau retracer le parcours chaotique de Grover Lewis, journaliste hors-normes et digne contemporain d'Hunter S. Thompson (avec qui il était ami, les deux bonshommes s'admirant mutuellement), il est aussi l'hommage d'un cadet à son aîné. Garnier a en effet eu la chance de côtoyer de près l'animal sur lequel il écrit, et il ne cache pas son admiration, ni ce qu'il lui doit. L'héritage, comme tous les freelances le savent, n'est pourtant pas facile à porter.
American Freaks
On pense souvent que Lester Bangs ou Hunter S. Thompson étaient les deux plus grands cinglés que l'Amérique pouvait compter dans les rangs de ses pisses-copies magnifiques. Erreur, dans le genre déviant et radical, Grover Lewis, décédé en 1995 d'un cancer, se posait un peu là lui aussi ! Certains disent même qu'il a précédé le bon Docteur Gonzo (S. Thompson) dans le délire, mais seul ceux qui étaient présents alors pourront infirmer ou confirmer cette allégation. Reste que Lewis était lui aussi l'héritier d'un passif pas piqué des vers (de bourbon). Tributaire d'une histoire tragique (ses parents se sont entretués au revolver quand il était enfant), Lewis était d'un caractère difficile, même ses amis le reconnaissent (et Garnier le premier, démontrant ainsi une fois encore l'application intransigeante du principe d'honnêteté cher à tout bon journaliste). Son existence est parcouru de coups de foudre, mais aussi de renoncements, de détours et de revirements. Comme Garnier, il n'aimait rien plus que d'avoir la liberté d'écrire sur les sujets qu'il désirait plus que tout couvrir. Tout simplement.

Mais finalement, il n'y a pas de bon ou mauvais timing, car Freelance : Grover Lewis à Rolling Stone ne pouvait en fait pas mieux tomber. A une époque où le plumitif n'a plus le choix que de ce faire l'écho de ce que l'on veut bien qu'il écrive, il fallait un livre manifeste qui rappelle ce que fut - et ce qu'est encore - le métier, que certains le veulent ou non. Freelance est de ceux là ! Une fois encore, après Honni soit qui Malibu, Les Coins coupés ou Caractères, Garnier arrive à point nommé, sa vie se faisant l'écho de son oeuvre, et vice-versa, comme toujours quand il s'agit des grands écrivains !
Philippe Garnier, Freelance : Grower Lewis à Rolling Stone, Grasset, 2009
Maxence Grugier
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