| . | Entretien avec Hannah Tinti |
| . | Entretien avec Simon Liberati |
| . | Entretien avec Colson Whitehead |
| . | Entretien avec Andrew Sean Greer |
| . | Entretien vidéo avec Marie Ndiaye |
| . | Les interviews Livres |
| . | Entretien avec les traducteurs de Dan Brown |
| . | Les Belles étrangères |
| . | Top des livres apocalyptiques |
| . | Berlin selon Jean-Yves Cendrey |
| . | Les écrivains à la télévision |
| . | Articles Livres |



Vous avez dit fantômes ?
Soyons bien clairs : si la valeur intrinsèque d'un roman ne se mesurait qu'à la multiplicité des interprétations auxquelles il prête le flanc, Exit... serait déjà un grand roman. On pourrait notamment y lire 1) la conclusion tragique du destin de Zuckerman forcé d'abandonner, au soir de sa vie, ses ambitions d'écrivain, sa vie sexuelle et ses illusions de citoyen 2) une énième réflexion sur la postérité littéraire mêlant, sous couvert de fiction, la propre trajectoire de l'auteur à celles, déjà presque oubliées, de Bernard Malamud et d'Henry Roth 3) la chronique annoncée de la mort de la littérature, signalée par un nombre incalculable d'allusions et de références dont la mort du journaliste George Plimpton semble représenter l'apex et 4) une très acerbe critique de l'Amérique bushiste, fixée en 2004 par un brutal instantané.
Mais le grand mérite de Philip Roth, bien sûr, sa suprême élégance, c'est de ne jamais sacrifier l'ambition multiple sur l'autel de la simplicité. Servi par une narration discrètement sophistiquée, son roman est une œuvre minimaliste totale, la chronique déchirante d'un homme et de son pays marchant d'un même pas vers l'abîme. Si Nathan Zuckerman, privé de toute possibilité de jouissance, en est réduit à fantasmer sa vie sexuelle par écrit, l'Amérique, qui voit sa mémoire pareillement s'effriter, n'essaie même plus de pallier sa déchéance par la fiction. Dès lors, même les fantômes - morts-vivants, écrivains perdus, littérature exsangue et spectres d'une nation - se découvrent inutiles. Crépusculaire et terrible, Exit le fantôme, qui tire son titre de Macbeth (un parricide), ne parle plus de la mort : il a laissé entrer la mort en lui.
McCarthy avait emprunté La route ; Philip Roth constate la fuite du monde. De ce côté-ci de la vieillesse, la perte paraît irréparable.
Philip Roth, Exit le fantôme, Gallimard, 2009.
Fabrice Colin
Sur Flu :
- Rentrée littéraire : toutes les chroniques et interviews
- L'actu littéraire sur le blog livres
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z