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Homo Humanus Mutandis
Vision Aveugle porte en exergue une citation de Ted Bundy, fameux serial killer des 80's. Rien que cela devrait nous mettre la puce à l'oreille. Ne serait-ce qu'au niveau de son casting, le roman lui-même n'est pas banal. Imaginez une équipe de mutants, derniers représentants de ce qu'est devenu l'humanité dans un futur lointain, envoyé dans la ceinture de Kuiper sur un vaisseau au nom transparent, le Thésée, pour observer, puis entrer en contact avec un artefact extra-terrestre, ou ce qui semble, tout du moins, en être un. Parmi eux on trouve un biologiste cyborg capable de s'interfacer physiquement avec les machines, une soldate pacifiste mais surentrainée au passé trouble, une linguiste atteinte d'un trouble de la personnalité en une schizophrénie provoquée, un observateur n'ayant qu'une moitié de cerveau mais capable de déchiffrer à la perfection le langage corporel de ses interlocuteurs et un capitaine de vaisseau vampire (!), race recrée par l'humanité pour des missions spéciales.
On le voit, malgré un propos des plus sérieux, l'auteur n'hésite pas à user de la fantaisie la plus débridée. Ce n'est pourtant pas faute de doter ses personnages, aussi étonnants soient-ils, d'une personnalité et d'une épaisseur parfaitement crédible. Cette histoire d'outre-espace a beau se passer au fin fond de l'univers connu, elle n'en est pas moins un périple intérieur, où chacun, entre quelques escapades en dehors du vaisseau sous couvert d'exploration, devra se mesurer à lui-même, autant qu'aux entités incompréhensibles qui leur font face. Dans une ambiance oppressante digne d'Alien - à la différence près que les protagonistes doivent faire face à une entité mille fois plus évoluée même si paradoxalement dénuée de conscience - Peter Watts met en place un fabuleux huis-clos aux confins du cosmos, prétexte à explorer le plus noir de notre espace intérieur.
De la nature humaine ?

Conclu par un twist totalement pervers et désespéré, loin du manichéisme de nombreux space operas ("les méchants aliens contre les bons humains"), Vision Aveugle est hanté par le spectre de la nature humaine face à l'incompréhensible. Une nature pourtant souvent considérée comme supérieur, alors qu'elle n'est que cupidité et violence (au point qu'elle livrerait la société à l'anarchie si on ne la soumettait pas à quelque gouvernement, ici en l'occurrence, au commandement surréaliste d'un "vampire", être supérieur, symbole de la peur suprême et donc de la soumission de l'équipage). Peter Watts souligne l'incroyable capacité de l'humain à provoquer l'irréparable et la catastrophe quand il ne comprend pas quelque chose. Certainement l'un des meilleurs romans de science-fiction de l'année.
Peter Watts, Vision Aveugle, Fleuve Noir, 2009.
Maxence Grugier
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