Au Paradis de Candide de Paul Melki




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remon   le 20 Janvier 2009 à 20:07  

J’ai lu Au paradis de Candide d’une traite ce dimanche 18 janvier 2009. D’abord l’apparence : je trouve la présentation du livre sobre et élégante, sans outrageuse prétention. L’illustrateur, Jean-Claude Lavaud, semble avoir bien saisi et traduit la fausse naïveté du personnage. Sa petite tête ébouriffée et ses yeux espiègles mais perçants derrière ses boucles fantasques traduisent parfaitement l’étonnement et la vivacité qui constituent entre autres l’éclairage, la légèreté - en même temps que la densité - du récit et la quintessence du personnage. J’aime les couleurs douces et le style d’illustration choisis. L’ouvrage est agréable à voir et à manipuler. Il n'est pas à remiser sur un vulgaire rayon poussiéreux, mais à laisser en évidence sur une table de lecture... Concernant le contenu : à mon sens, l’avant-propos est inutile. Le récit et son incipit sont tellement évidents qu’aucune présentation, à la limite, ne se justifiait. Mais peut-être était-il (l’avant-propos) nécessaire pour honorer la contribution de Voltaire et permettre aux incultes de faire le lien avec le personnage littéraire extravagant et son génial créateur initial. J’aurais pour ma part préféré le saut direct dans le récit et l’histoire. (C’est un simple point de vue qui n’engage que moi). La construction procède d’une remarquable trouvaille : se servir du personnage fictif de Candide et des 36 stratagèmes chinois comme fil conducteur et lien pour unifier la réalité du tout : épatant. Excellente subtilité (stratagème) qui permet de porter regard et jugement sur notre société en général, française en particulier. Etonnement et pessimisme pour certaines constatations ; conviction, générosité et optimisme dans les solutions proposées, (comme une prise en charge intime – mais aussi distante - par l’auteur du trait caractéristique du personnage de Voltaire : l'optimisme à tout prix). Eloge pertinent du métissage social, culturel, religieux, de la fraternité et de la tolérance. Aucune condamnation sinon humoristique et en filigrane (pratiques policières et médicales), ou tout à fait véhémente et implacable de certaines perversités : (attrait maladif des richesses, d’où assassinat justifié du docteur dans la lignée des précédents meurtres tout aussi justifiés de Candide). Le chapitre L qui résume pour le lecteur les événements antérieurs et fait le lien avec l’actualité du récit est très utile pour ceux qui auraient laissé leur lecture en plan à la page 87. Bonne idée qui permet de souffler et de faire le point. Procédé didactique intéressant. Maîtrise parfaite et restitution sans outrance ni trahison du style de Voltaire, du regard, des réflexions et commentaires du personnage. Aucun coup de gueule vengeur. Ni moralisme ni apitoiement. Autant de particularités, d’ingrédients incontournables qui s’intègrent parfaitement à l’ensemble, évitant subtilement le piège du hiatus littéraire et philosophique qui aurait déconcerté le lecteur et abouti à une dichotomie détruisant l’unité de l’expression et de l’œuvre. J’ai moins aimé (bien que je comprenne le pourquoi de la chose) le parler verlan de la « racaille ». Mais c’est un parti pris. Comme je n’aime pas les créolismes et les tournures « pays local » systématiques de nos auteurs antillais d’aujourd’hui. Ça m’agace. Le résumé des chapitres de Candide en fin d’ouvrage ne s’imposait pas particulièrement. C’est au lecteur, s’il est conséquent et curieux, d’aller réveiller Voltaire et son œuvre. L’énumération des 36 stratagèmes chinois en revanche était nécessaire et incite à la découverte ou relecture de L'art de la guerre de Sun Zu. Le dernier chapitre qui renvoie subtilement au premier clôt l’ensemble. La boucle est bouclée, sans pour autant que soit fermée la porte de l’imagination et de la réflexion. En bref, je n’ai pas (encore) lu toutes les « critiques littéraires journalistiques et professionnelles » concernant l’ouvrage. Et ne suis guère apte moi-même à porter un jugement objectif définitif de haut niveau académique. Je peux simplement, et subjectivement, dire que le livre m’a plu et que je ne l’ai pas lâché. Densité et légèreté. Je suis époustouflé par la facilité stylistique naturelle de l’auteur, par son intelligence des descriptions et situations, sa dérision (à propos de sa propre situation de détraqué moteur), sa grande culture "historico-socio-psychologico-médico-littéraire", par la pertinence, encore une fois, la finesse de l’humour, la tournure et la profondeur des analyses, de certains points de vue et réflexions. Par sa connaissance de Paris, des problèmes et mœurs des banlieues (lieux bannis) et autres... Mille fois merci, Paul Melki, pour ce « petit » chef d’œuvre d'un grand écrivain. Raymond Joyeux Pointe-à-Pitre

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