Partie de neige : Edition bilingue français-allemand de Paul Celan



Critique

Note du livre Poésie et hermétisme

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Poésie et hermétisme



La Partie de Neige (ou la Part de Neige selon les traductions) est un recueil tardif qui sera publié après sa mort et qui regroupe des textes poussant à l'extrême cette "nouvelle non-doctrine".

L'hermétisme est évidemment total, puisqu'on n'y comprend pas grand-chose (il suffit de lire le petit poème qui précède pour s'en rendre compte), mais ce n'est pas parce que Celan fait le malin. Bien au contraire, son hermétisme est un hermétisme fructueux qui étrangement incorpore une dose gigantesque de réalité. Celan se passionne pour les termes scientifiques, mélange l'organique et le technique pour évoquer la texture d'un réel à la fois désacralisé et presque effrayant.

S'arracher au néant

Le titre du recueil (qui ressort au Seuil dans une traduction que les spécialistes ont loué pour sa justesse et qui est sûrement très bonne) évoque à la perfection l'impression que donne la confrontation avec ses séquences poétiques : celle de marcher sur du vent, un matin enneigé, quand on se pêle les miches.

Tout est silence, mystère et douceur.
Il y a chez Celan une froideur humaine qui inspire le respect et la crainte. On ressent à la fois la peine qui soutient l'assemblage des mots, la douleur qui les relie, en même temps que l'immense force nécessaire à leur arrachement au... néant.

La poésie comme rédemption

A partir du milieu des années 1960, le poète fréquente les hôpitaux psychiatriques. Cela ne se sent pas ici. On est pas chez Antonin Artaud, dans l'éruption. Celan est un homme mort depuis le début. La démonstration vivante qu'on peut encore écrire après tout ça.

On cite souvent sur ce sujet Adorno qui avait affirmé (un peu vite) qu'aucune poésie ne serait plus possible après l'extermination des juifs. Il y avait une part de vrai dans ces propos mais une part seulement. Il se trouve que des poètes comme Celan ont racheté par leurs expériences (et d'une certaine façon par leur vie) le droit pour tous les autres de prolonger l'aventure.

Pour ceux qui ont suivi ça sur le blog Musiques, le travail d'un type comme Scott Walker, dernière période, lorgne vers ces horizons là et use des mêmes instruments.

De là à dire que Celan et Walker sont à mettre sur le même plan, il y a un pas que je ne franchis pas.

Benjamin Berton

Le 24 janvier 2008