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Le (contre)-héros, Cornelius Van Zandt, y livre ses réflexions. Sur sa vie, ses excès de caractère, son scepticisme virulent. Le propos est acerbe, l'humour jamais loin. Le parti pris est celui de la noirceur et de l'insoumission. « Tel que je suis, vacillant, garanti certifié crevard et tout, je goûte moins que jamais l'émotion religieuse. Ce nihilisme est mon drapeau noir. Celui de l'anarchie de mon désespoir. Mon unique et sombre panache. Mon honneur. » On songe à Céline bien sûr, dont l'auteur revendique l'influence. Mais aussi à Desproges, l'humoriste anticonformiste, frappé par la maladie comme Declerck (« Plus cancéreux que moi, tumeur » plaisantait-il). Comme lui, Declerck tape fort. Sur Dieu (« Notre Père qui êtes aux cieux, Crevez-y la gueule ouverte »), les femmes (« ces femmes-vaches qui, de l'indolent balancement de leurs hanche, s'en vont revendiquer, aux foires agricoles de leurs ébats, la prétentieuse dignité de leurs sécrétions intimes »), les hommes, et puis, tant qu'à faire, sur l'humanité en général... Son texte a la méchanceté du désespoir. On pense encore à la formule de Nietzsche quand il affirme « L'homme souffre si profondément qu'il a dû inventer le rire ». Patrick Declerck : un cynique devant l'éternel.
L'ombre de Diogène n'est pas loin non plus. Elle s'incarne en Cornelius, animé par un cynisme enragé. Dans la première partie du roman, le personnage principal peut se lire comme une résurgence du philosophe, surnommé Diogène le Chien (le terme "cynique" vient d'ailleurs du grec kunos : le chien). A propos de chien, c'est là le seul être sur lequel Cornelius ne crache pas, le seul à l'aimer vraiment pour ce qu'il est. Ce chien, c'est encore « la meilleure partie de moi-même », écrit-il.
Plus analytique, la seconde moitié du roman délaisse progressivement l'invective pour laisser place à l'introspection. La figure de Socrate, chauve comme l'auteur, y représenterait alors la réflexion de l'homme en phase avec la mort. Comme lui, il se sait condamné. En sursis. La tumeur à beau être bénigne, elle n'en est pas moins inopérable... Alors, il faut être lucide. « Tu ne fuiras pas, Socrate. Tu ne te déroberas pas parce que tu sais que ta mort t'assurera un triomphe. Tu l'as voulu ainsi : ce sera la haute réponse à ton propre examen, l'incontestable preuve de toi-même ». La tentation du suicide n'est qu'un leurre : « J'ai été acheter un fusil. Un fusil de chasse, parce que ce sont les moins chers et les plus faciles à acheter. Et puis parce qu ‘un fusil de chasse, ça fait des gros trous." La dérision, comme un pied de nez à la mort. Mais l'humour ne guérit pas tous les maux. Ça se saurait... « Tu t'es moqué Socrate. Tu t'es moqué jusqu'au bout. Tu as voulu mourir. Cette mort sera le grand œuvre de ta vie ».
Reste un homme révolté, dans l'attente d'un palliatif à la douleur de vivre, livré à la peur du néant qui l'attend. Le roman de Declerck est une expérience métaphysique. Avec toujours en arrière-plan, l'épisode de la mort de Socrate, double du philosophe. Concours de circonstance, ce premier roman est écrit dans l'urgence...
Patrick Declerck, Socrate dans la nuit, Gallimard, 2008.
Guénola Pellen
Sur Flu :
- Le Festival du premier roman
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