Patrick Amine




Electron libre et véritable homme de culture depuis plus de trente ans, Patrick Amine est une énigme, riche en souvenirs, en récits, en expériences, un homme dont le travail (doit-on parler d'œuvre ?) ne s'est jamais posé la question des genres. Homme de radio, journaliste, écrivain, parolier, critique d'art et critique rock, Patrick Amine est à la fois partout et nulle part, souvent là où on ne l'attend pas et rarement dans la lumière. Dans son Petit éloge de la colère, publié dans la collection des Petits éloges de Folio, il ouvre, par delà le formalisme de l'exercice, une fenêtre sur son parcours et sur ce qui en fait la cohérence : l'amour de l'art. 

Dans le Petit éloge de la colère, la vue de Patrick Amine est surprenante, pleine de lucidité, de hargne (c'est le thème qui veut ça), d'esprit et de surprises. Est-il un intrigant ? Un type charismatique, falot, un homme de parole et d'amitié ? Est-ce un homme d'influence ? Si le terme d'intellectuel ou de lettré avait encore un sens aujourd'hui, Amine en serait une des incarnations possibles : une énigme qui pense et qui marche à l'ombre, l'homme qui a lu l'homme, qui a vu l'homme, qui a peint l'homme. Parcours guidé dans trente ans d'histoire culturelle et sociale...


Fluctuat : La collection des "Petits éloges" semble réservée à des écrivains qui sont proches des maisons d'édition et de Gallimard en particulier. Comment vous êtes vous retrouvé à écrire ce petit éloge ?

Patrick Amine : Je me suis retrouvé, en fin de journée, dans le désert des couloirs des éditions Gallimard quand j'ai entendu parler de cette collection qui allait être lancée tel un missile par la romancière Régine Detambel que je connais depuis longtemps. Elle allait s'y mettre pour faire un Petit éloge de la peau... L'honorable maison cherchait des auteurs susceptibles de se lancer dans la bataille. J'ai donc protesté vivement pour rencontrer la directrice ! le directeur ! Etc... Et leur dire que j'étais furibard qu'ils ne m'aient pas contacté à cet effet ! Vous connaissez la suite... Bon, en fait, j'ai publié dans les deux maisons du groupe : Denoël et Le Mercure de France...

Pourquoi avoir choisi d'écrire sur la colère ? Etait-ce votre premier choix ?

Finalement, j'étais fait pour ça. Tout de go, cela a été ma première et seule cible, comme je l'ai dit à mon éditrice, et, je ne comptais pas en changer. J'ai pu la refroidir, un moment, mais face à ma détermination, elle a été vite emballée par les quelques pages écrites sur ce « péché capital ». J'avais envoyé aussi un bref synopsis. Ils ont pris la flèche au passage !
Quels sont les pièges à éviter lorsqu'on écrit ce genre de livres ? Quelle était votre ambition au démarrage ?

Les pièges sont nombreux. Il y a le démon de la totalité qu'il faut éviter car on ne peut, en si peu de pages - le volume ne doit pas excéder 130 pages -, aborder le sujet à sa source historique jusqu'aux derniers développements du thème, dans toutes les catégories de la pensée, de la sociologie, de la littérature et des arts en général. Puis il y a son expérience personnelle qu'il faut justifier par le style et avoir, un tant soit peu, un propos « original ». Pour moi, l'expérience doit être « enseignante », humoristique et pétillante pour les lecteurs. Disons qu'il ne faut pas emmerder les gens !

Votre petit éloge est assez savoureux et surprenant. Vous mêlez des références venues d'à peu près tous les domaines : la politique, la littérature bien sûr mais aussi l'art, la musique, des éléments autobiographiques, des histoires sûrement inventées. Est-ce quelque chose que vous aviez envie de faire ou est-ce venu comme ça ?

J'avais écrit un court texte sur la peinture et notamment sur ce fameux péché : la colère. Je voulais le poursuivre car je me trouvais, à ce moment-là, en rupture avec la chaîne de radio qui m'employait. L'énergie était présente à son maximum pour exploser dans tous les sens. Par ailleurs, c'était l'occasion pour moi de rassembler des idées sur le sujet tout en réfléchissant sur l'écriture pour cette collection de petits formats, avec des contraintes qui me satisfaisaient par leurs détails. J'y ai mis des histoires personnelles, des « faits-divers », certains relatés aussi par des amis, mais strictement vrais comme mon épisode de la « Colère ferroviaire », avec la SNCF, ou avec la vendeuse d'un grand magasin parisien. J'ai conçu ce livre comme un roman et comme un essai, à la manière des auteurs que je commente et cite dès l'ouverture de cet abrégé de littérature portative pour rester d'aplomb ! Finalement j'aurais pu écrire plus de deux cents pages sur cet immense sujet.

Vous dîtes que la colère est à la fois un vice et une vertu. Pensez-vous que la colère soit à la mode aujourd'hui ou qu'au contraire, on essaie peu à peu de la faire disparaître de la nature de l'homme occidental civilisé ?

La colère est pour moi une vertu dans la mesure où je la considère, de nos jours, comme une réaction positive dans certains contextes sociaux. Vous savez qu'on ne supporte pas les gens qui s'élèvent contre... qui protestent pour un rien... mais ce rien considéré par les autres est déjà impossible à encaisser pour vous... regardez comme vous êtes maltraité partout : au café... dans la rue... dans les administrations, dans les lieux dits publics, etc. Si vous ne réagissez pas, on vous écrase. Il est difficile de faire disparaître la colère de l'homme civilisé... Imaginez un étranger dans votre position. On ne peut pas tout accepter par bienséance. Je pensais tout dernièrement au roman Disgrâce de J. M. Coetzee que j'évoque dans mon livre et que je raconte souvent à des amis qui ne l'ont pas lu, parce qu'ils ne connaissent pas la situation en Afrique du Sud. Lisez ou relisez ce livre. On m'apprend qu'un film en a été tiré. À suivre donc.

On assiste souvent à des mises en scènes de la colère, dans les médias, à la télévision. Comment expliquez-vous ça ?

Il y a deux colères marquantes dans les médias français, ce sont celles de Georges Marchais qui a osé dire, lors d'un débat, "vous m'emmerdez !", je crois qu'il s'est tiré par la suite ; puis, celle de Maurice Clavel, chez Pivot, je crois, qui s'est vraiment tiré en disant : "Messieurs les censeurs, bonsoir !" Et bien sûr, à sa manière, très artiste, Gainsbourg qui brûla son billet de 500 Frs ! Toute une époque. Vous dites bien « mises en scène », c'est ça. La colère fait souvent de l'audimat et les présentateurs invitent assez couramment maintenant des gens qui ne peuvent pas dialoguer ensemble et qui vont se mettre à gueuler dans le poste comme au bistrot... une technique du spectaculaire intégré. Des mécanismes évidents, pauvres, totalement banal. Mettre du Onfray face à Madame Soleil ou face à Mister Météo, c'est facile et pop ! Ca ne fait que de l'opinion. Mais face à un véritable philosophe, non. Too much.

Vous évoquez dans le livre la colère de Ségolène Royal lors du débat télévisé avec Nicolas Sarkozy sur le sujet des handicapés. Qu'a représenté cet emportement selon vous, en plus du « renversement des positions » entre les deux candidats ?

Cet emportement a joué sur « la corde sensible » des Français et sur un aspect social non négligeable pour les politiques quant aux mesures à prendre « réellement ». C'est de bonne guerre de s'envoyer des sujets « limites » qui font mal et cela devant tout le monde. C'est assez vulgaire pour les deux côtés, même s'il y a « renversement des positions ». La position reste nulle et indécente. Cela me fait penser à la mère Palin aux Etats-Unis. Faire pleurer dans les chaumières est un truc éculé, mais qui continue à marcher.

La colère de Nicolas Sarkozy, celle qu'on n'a pas vue et qu'on soustraie régulièrement à notre regard, vous fait-elle peur ?

La colère de Sarkozy est stratégique, sentimentale et « ordinaire ». Il la maintient à « la hauteur ou à la bassesse » de son public, de l'homme de la rue, on sait comment ça fonctionne, puisque nous avons les preuves, en images et en paroles. Il est prêt à faire le coup de poing. Cela fait de lui un homme comme tout le monde, ainsi il peut insulter les gens. Mais un Président de la République n'a pas, me semble-t-il, à donner suite à des provocations de la rue. Imaginez les autres Présidents... Je ne connais pas d'exemples.

Évidemment, il y a les colères que nous ne connaissons pas, en privé, entre ministres, dans les affaires, comme sans doute la dernière concernant la Corse. Vous voyez ce que je veux dire. Il y aurait tellement à dire sur la question. Mais nous arrivons à savoir beaucoup de choses malgré tout... Tout est rentré dans un certain ordre.

Qu'est-ce qui vous a mis vraiment en colère ce mois-ci ?

Ce sont les mensonges des économistes et des politiques sur la crise actuelle qui me hérissent ; lisez d'ailleurs le livre de Jean-Pierre Gréau, La Trahison des économistes et les articles de Patrice Bollon dans Marianne, le seul journaliste à savoir de quoi il parle ! Un essayiste hors pair qui travaille sur la philosophie et analyse notre société hyper-capitaliste et hyper-fliquée. Puis il y a un autre cas : cette femme, Mme Palin - au look charmant ! D'une cruauté adorable, n'est-ce pas ? Finalement je me rends compte que je suis toujours anti-quelque chose !

Votre parcours est assez étonnant. Vous êtes une sorte de touche-à-tout de la culture : commissaire d'exposition en Europe, auteur d'un livre avec Alain Bashung, ancien journaliste musical, spécialiste de rock, de jazz, critique d'art, « monteur » ou montreur de pièces radiophoniques sur Burroughs pour France Culture. On a l'impression que vous refusez de vous laisser enfermer dans une discipline, dans une case ?

J'ai commencé par écrire professionnellement sur trois sujets : la littérature, la musique et la peinture. La musique a été ma seule formation. J'ai appris à jouer de la guitare tout seul, puis j'ai été initié au piano, à la composition, au jazz et à la musique électronique au conservatoire de Marseille ... et bien sûr par le rock et la chanson avant tout ! Mais la littérature a toujours été ma base d'exercice, ma drogue, c'est la raison pour laquelle, je me suis mis à écrire dès l'âge de 21 ans pour les journaux et les magazines. J'avais envoyé mes premiers écrits aux revues d'avant-garde dès l'âge de 17 ans...ce qui m'a amené à fréquenter dès la fameuse année 1977 (année punk), musiciens et chanteurs ; il y avait ensuite, bien sûr, Gainsbourg puis Bashung.

Aujourd'hui, j'aime la poésie des chansons de Jean Fauque (l'auteur des grandes chansons d'Alain Bashung de ces dernières années), le plus grand des paroliers d'aujourd'hui - son disque solo Treize Aurores est magnifique. Et les Anglais bien sûr : A Certain Ratio, Blurt, Human League, The Rezillos, tout le label de la Factory : Joy Division avec Ian Curtis ; et Robert Fripp, Brian Eno, les groupes des labels new wave : Beggars'Banquet, 4 AD, tout ce qui venait de Manchester, Liverpool, Sheffields et Leeds où j'avais ma base avec les Gang of Four, The Mekons, etc. Plus les musiciens belges et internationaux avec Crammed Disc, etc... Musiques que je passais chez Bernard Lenoir sur France Inter ! Et ça déménageait certains soirs ! Nous avons été les premiers à parler de Marc Almond et de Soft Cell et de leur « Tainted love » que personne ne voulait éditer en France tout comme « Planet Rock » d'Africa Bambaata, rejetés par les majors compagnies ! Quelle rigolade. Le siècle était plutôt frileux.

Donc ne vous laissez pas enfermer dans une case ! Vous risquez d'en crever. La radio, ça a été une expérience « insolite », car j'ai pu faire découvrir des jeunes écrivains français que personne n'invitait pour des projets originaux, pour des conceptions vraiment radiophoniques. J'ai conçu moi-même des émissions de 1h 30 ; je travaillais dans l'ombre. Je n'ai eu jamais à rougir de ce que j'ai fait. Tout est écoutable et vérifiable. Ni de ce que je réalise aujourd'hui encore. Il y aurait beaucoup à faire avec les nouvelles technologies, et, des auteurs étrangers, notamment la nouvelle génération des Latinos-américains, les Espagnols, etc... Mais tout ce monde a si peu de curiosité, si peu d'élan ! Ils naissent vieux et fatigués très vite.

Pensez-vous qu'il soit encore possible, dans notre époque culturelle, de toucher à tout sans céder à la superficialité ? Vous n'avez pas peur d'être pris pour une sorte de Guillaume Durand underground ?

Je crois qu'il faut voir les choses autrement. J'écris depuis des années dans le magazine Art press ; j'ai publié dans Tel Quel, dans Musique en jeu, des essais, de la fiction et des entretiens, puis dans L'Infini, puis dans des journaux comme Libération, Actuel, Le Matin de Paris ou Le Monde des livres de poche, d'autres magazines qui ont disparu. Je ne pense pas avoir lifté mes sujets, ni donné au lecteur un faux savoir, de fausses informations sur les écrivains, les artistes, sur le sens de leurs œuvres, compte tenu de l'espace que l'on me donnait. Certains médias distillent de « la culture de synthèse », une sorte de brillant qui rassure le lecteur pressé, peu enclin à aller voir lui-même ce qu'il en est. Nous sommes entrés dans une autre époque de la vitesse, de la société des loisirs, d'une économie vacillante qui contraint les individus à chercher des solutions constantes de « survie », donc une tout autre manière de vivre qui ôte le temps nécessaire pour se lancer dans la lecture d'un livre aussi formidable que La Vitesse des choses d'un Rodrigo Fresán par exemple ! Qui peut lire ou écouter de la musique au moins quatre bonnes heures par jour ? Pour son plaisir sinon pour son travail ! Qui ?

Pour en revenir aux animateurs de TV, il n'y en a aucun d'underground. Pas plus dans les radios dites culturelles. C'est impossible. Ils feraient peur à tout le monde, on les prendrait pour des fous, on les mettrait immédiatement à la porte. Il faudrait faire un test lors de cette rentrée littéraire et demander à tous ceux qui achètent les livres dont on parle : leur demander s'ils lisent les livres prescrits jusqu'au bout ? Autour de moi, j'en connais très peu... Je peux vous dire que j'ai lu Jean-Baptiste Del Amo jusqu'au bout et que ce jeune homme est un romancier qui a du souffle ! Mais qui a lu vraiment Jauffret jusqu'au dernier mot ? Bon, passons....

Vous dîtes que vous en avez marre de ces gens qui racontent n'importe quoi autour de Joy Division et de leur concert parisien en 1979. Vous aviez couvert l'événement pour Rock n'Folk, interviewé Ian Curtis tandis que Régis Jauffret le prenait en photo. Au risque de passer pour un ancien combattant, quel souvenir gardez-vous de ce jour-là ?

Nous étions au Bains-Douches, le club bien connu pour ses concerts, et j'ai parlé avec Ian Curtis près du bar. Il était timide, mal à l'aise dans son imper au col relevé. On essayait avec Régis Jauffret de le faire bouger pour prendre des photos, et on l'a fait, puis le soir on a continué pendant le concert où il n'y avait pas plus de 200 personnes. J'ai toujours ces photos, certaines ont fait le tour du monde dans des magazines pop underground, et maintenant on me somme de les montrer ! C'était une journée étrange et superbe, j'étais très excité par cette rencontre car je connaissais par cœur toutes les chansons, et tous les singles publiés à Edimbourg par Fast Records, etc... J'ai fait signer l'un de ces disques (celui chez Sordide Sentimental ! ) je crois ... mais où l'ai-je classé ? Un ami de Marseille était là aussi ; il y avait Pacadis. Soit deux journalistes dans la salle avec moi et le romancier qu'il n'était pas encore devenu : Régis Jauffret.

Cette année, Prince était même passé au Palace. Il y avait tellement de groupes qui passaient à Paris et tous les soirs je sortais, tout au moins, jusqu'à deux heures du matin. Paris la nuit était superbe. On s'amusait dans les soirées, dans les boîtes et partout. Tout était ouvert. Tout était improvisé. Ouvert nuit et jour. Rien n'était étriqué. Non, je ne me sens pas vieux combattant, j'écoute toujours la production anglo-saxonne et j'écris des chansons quand ça me vient... D'ailleurs, à cette époque, nous avions fait quelques chansons avec Régis et d'autres copains, on me prêtait des studios pour enregistrer nos maquettes. Quelle vie ! On a fait des concours avec Régis ! Epique. On avait une chanson culte à cette époque qui passait sur les radios libres et sur France Inter en 1980-1982... En 1985, j'allais publier mes Entretiens avec Louis Calaferte : Une vie, une déflagration, chez Denoël.

Quel est votre moment d'histoire du rock préféré, à part ça ?

1977 : la bonne année ! Un grand boum. Je crois que c'est lesSex Pistols et puis tous les groupes qui sont arrivés après : Joy Division bien sûr, Clash, Spherical Objects, Penetration X, Polystirene, les électroniques : Gary Numan, David Cunningham, Tom Verlaine, Magazine et Howard Devoto, DEVO, Costello, PIL, ... Je revenais de Londres à chaque fois avec une centaine de disques dans mes bagages et on m'arrêtait à Orly ! je pourrais faire une anthologie de tout ce qui a disparu ! Mes 45 tours sont classés dans des armoires fermées, comme de la lingerie de soie. Il y avait aussi la musique jamaïcaine, le reggae que j'avais découvert en Afrique, très jeune puisque j'y vivais, sans savoir que c'était du reggae, on nommait ça : le ska, avec des mélanges de Trinidad (que mes parents écoutaient).

En même temps que le punk et la new wave, le reggae allait éclater de nouveau avec bien sûr Marley, Jimmy Cliff, Toots, Gregory Isaacs... Junior Murvin avec son « Police and Thieves ». L'histoire est si longue. Mais j'ai toujours aimé la black music, la soul, le funk, les chanteuses de jazz, ma collection est assez fournie ! J'avais appris à jouer le blues et le jazz. Et James Brown et David Bowie, bien sûr. Une autre anthologie à faire.

Vous entretenez autour de vous un réseau culturel assez singulier, proposez des projets, facilitez des rencontres. Est-ce important pour vous ?

Dans la société actuelle, il faut choisir ses véritables amis, ses complices, avec lesquels vous avez une affinité d'esprit. Vous n'êtes pas sans savoir que la jungle dans laquelle nous vivons est encore plus dangereuse et plus violente qu'hier ! J'ai toujours connu des artistes et des écrivains par ma déambulation sociale et mes affinités avec les marges, et par mon propre travail ou des gens qui n'étaient pas dans la partie mais qui avaient une vie qui m'intéressait. Je vivais constamment la nuit.

Très vite, j'ai constitué avec des gens des relations qui s'appuyaient sur de véritables considérations sur ce qu'ils créaient, ce qu'ils pensaient et ce qui me touchait le plus profondément chez eux. Ce que je pensais, ce que je disais, ma liberté d'esprit avait un écho chez eux. Ainsi, ces rencontres deviennent importantes au fil des années, par un échange mutuel, par les rencontres et des preuves d'amitié, etc. Comme vous le savez, j'apprécie les livres et je le fais savoir dans mes articles. Ensuite je peux rencontrer les romanciers au moment où je le sens, ça marche ou pas, mais c'est rare, car j'ai une sensibilité, un radar implacable et insoupçonnable. C'est ainsi que je peux même les réunir s'ils ne se sont jamais rencontrés dans leur cercle où ils exercent et ça peut coller ! D'ailleurs ils sont étonnés eux-mêmes que je puisse les rassembler. Il n'y a pas seulement des Français, il y a les Italiens, les Espagnols, les Latinos, les Belges et quelques Anglais !

Qu'avez-vous écouté comme bonne musique ces derniers mois ?

Les Herman Dune avec leur song : « My Home is nowhere without you », texte et mélodies superbes, chanson qui emporte par sa simplicité, par son authenticité. Deux mois que j'écoutais ça sur NOVA avant que l'album sorte. Puis il y a la pop star déglinguée, Amy Winehouse ; un groupe flamand très mélangé : Think of One « Camping Shaâbi » avec une formidable chanson « Fantôme » en duo avec Véronique Vincent, l'ancienne chanteuse des Tueurs de la Lune de Miel, Bashung bien sûr, Liquid Architecture que j'ai vu sur scène à Bruxelles au Bozar lors d'une expo sur les artistes du rock qui sont plasticiens, et de la pop anglaise.

C'est la rentrée littéraire. Quels sont les deux ou trois livres qui vous ont tapé dans l'œil ?
Jean-Baptiste Del Amo avec Une éducation libertine, Horacio Castellanos Moya avec Là où vous ne serez pas, Catherine Cusset et Régis Jauffret qui sont des amis, Rodrigo Fresán cité plus haut, Niccolò Ammaniti : Comme Dieu le veut, et le dernier livre de Susan Sontag à paraître en octobre, un recueil d'essais superbes : Garder le sens mais altérer la forme... Et le prochain volume des œuvres de Cesare Pavese avec des inédits dans la collection Quarto, plus une dernière curiosité, un auteur disparu : Jean-Pierre Martinet pour Ceux qui n'en mènent pas large. Bon, je pourrais citer encore une dizaine d'auteurs.

Y aura-t-il d'autres livres ? Des mémoires d'un résistant ou d'un passager clandestin de la culture ? Des expositions ? Quels sont vos projets pour le moment ?


Je travaille sur un essai sur la métaphore dans l'histoire du roman que je suis en train de finir. J'ai commencé aussi un récit étrange, très violent par le contenu ! Je ne sais pas quoi vous en dire. Je travaille sur plusieurs expositions en France et à l'étranger autour des Gao Brothers pour la Belgique, mon exposition historique russe et soviétique présentée encore au Musée de Montbéliard qui va tourner en Europe et un nouveau projet d'exposition avec Hervé Di Rosa, plus un livre consacré aux écrivains sud-américains et hispaniques avec des portraits de l'ami Hervé Di Rosa, un vrai littéraire ! Sinon, j'entretiens ma colère entre deux arrêts...

Propos recueillis par Benjamin Berton


Illustration :
1 - Patrick Amine, © Olivia Friszowky
2 - Couverture du Petit Eloge de la colère, Gallimard Folio, Septembre 2008.



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