La Traversée du Mozambique par temps calme de Patrice Pluyette



Critique

Note du livre Une haute idée de l'aventure

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Une haute idée de l'aventure



Retenus dans les sélections de plusieurs des prix littéraires de la rentrée (Médicis et Goncourt), La Traversée du Mozambique par temps calme de Patrice Pluyette est le roman d'aventures le plus savoureux de cette rentrée littéraire.
 
Sorti début octobre, et figurant pour un temps sur la liste du GoncourtLa Traversée du Mozambique par temps calme de Patrice Pluyette aura quand même remporté en septembre dernier l'Amerigo Vespucci, prix littéraire du Festival international de Géographie. Pas mal pour un livre d'aventures qui ne donne pas le mal de mer, mais n'offre jamais une quelconque terre ferme à ses lecteurs. Voyage, voyage !

On va tous partager le voyage en goélette vers l'or inca du Pérou à Païtiti, en s'enlisant dans les glaces au Pôle nord, avant de rejoindre la terre ferme à pied, pour mieux suer dans la jungle ensuite. Et avec cet équipage, du Capitaine Belalcazar, ce lointain cousin du général de Tintin, aux deux chasseurs d'ours, de la cartographe à la cuisinière polyvalente, en passant par l'auteur en deus ex-machina qui intervient dans le texte par coups de sonde hilarants, vivre à un niveau supérieur d'aventures au fil des 318 pages du roman. Un roman dont la forme - et personne ne l'a noté jusqu'ici - tient plus du procédé employé par Pynchon dans Contre-Jour, à déballonner les formes du roman populaire pour le faire jouer autrement et nous amuser par-là même, qu'à faire des clins d'oeil à Conrad, Vian ou Nicolas Bouvier.

Jules Verne sous opium

Patrice Pluyette nous fait davantage penser à un Jules Verne bien chargé à l'opiacé, car loin de toute Afrique australe, il réussit à nous faire croiser éléphant et girafe en Amérique du Sud, et son conte philosophique tend vers l'amour, celui des mots, des situations, de l'aventure pour l'aventure et de la littérature en version décoincée avec le très beau : « Les caïmans rejoignent le fleuve. Les hommes descendent des arbres et les singes remontent pour les remplacer. »

Même si on y croise aussi un grand brigand tout à fait homo qui surgit d'un tonneau ; qu'on y parle des mérites de la peau de phoque en sous-vêtement ; que la logique en devienne, soleil cou-coupé, assez exogène, on finit par comprendre que le roman n'a de lieu que le lieu, et le titre qui parle déjà tout à fait d'autre chose amorce bien la démarche : l'aventure est le livre, et en miroir, toute la modernité du roman s'y mire. Mini mire, mais elle fait le maximum ! Ebouriffant.

Superbe envolée d'un auteur déjà responsable des affres de la vie d'un vigile en 2005 chez Nadeau, Un vigile, et de ceux de l'accouchement, avec Blanche, en 2006 au Seuil, dans la même collection.

Jean-Pierre Simard

Le 26 septembre 2008
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