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Cette chronique est proposée par un lecteur dans le cadre de la rentrée littéraire des lecteurs.
Ayant visité le musée de Sao Paulo (Brésil), où il est tombé nez à nez avec le tableau éponyme de Manet, à mi-chemin des toiles du Douanier Rousseau et de celles de Courbet, le narrateur d'Un chasseur de Lions décide de procéder à son élucidation. Afin d'en redonner le burlesque comme le tragique, il choisit de tresser l'histoire du peintre et celle de son modèle. C'est ce qu'il nous est proposé de lire, dans une succession de chapitres où alternent l'aventure (de Pertuiset) et la description du Paris fin de siècle (de Manet), le tout aléatoirement percuté par la mémoire du narrateur, ressouvenir d'amoureuses, de voyages, de cuites.
L'art de l'aventure
Côté Douanier Rousseau, les passages romanesques, particulièrement hauts en couleur, où l'on trouve Pertuiset en aventurier lubrique et mythomane, en prise avec les lions, les Chefs d'Etat ou les Indiens de la Terre de Feu, sont réussis. Figure d'une idée disparue de l'héroïsme, au croisement d'Indiana Jones et du père Ubu, Pertuiset semble, à travers l'écriture ironique, bienveillante, de Rolin (décidemment un excellent conteur), condenser les contradictions de l'époque où disparaissent les dernières sociétés traditionnelles, protégées de l'impérialisme capitaliste.
C'est aussi l'époque de l'art moderne. C'est la deuxième dimension du livre, dont le traitement moins original, très licence-de-lettres, a peu d’intérêt : « Pour lui, écrit-il, le monde est fait pour aboutir au parfait jeu de couleurs que sertit le cadre d'un tableau, pas pour y chercher l'aventure... » Soit. Les passages sur Manet, sans acidité, trop complaisants pour être intéressants d'un point de vue romanesque, ne semblent d'ailleurs justifiés que par la conviction assez molle que dans son art réside une beauté révolutionnaire. Rolin en reste au glorieux, au légendaire Manet tel que nous l'ont livré Mallarmé et l'histoire de l'art ; mais un héros n'étant pas un personnage (ni le roman, qui naît avec la petite-bourgeoisie, une épopée), il est peint sans couleur ni surprise. On sauvera de ces chapitres les quelques portraits que tire Rolin des amis du peintre, celui de Villiers de l'Isle-Adam, en aristocrate anarchiste et clochard céleste.

"James Bond du quartier latin"
Troisième dimension, la plus symptomatique du style de Rolin, et la plus agaçante ici : la manière systématique qu'il a, en se donnant du « tu », d'intercaler dans son récit des souvenirs intimes. Ce qui avait du sens dans Tigre en papier apparaît gratuit, d'autant que ses anecdotes sont, comme toujours, ou liées à son passé de révolutionnaire, ou à ses séances de séduction (le lecteur tient la chandelle). Or, ces portraits de l'artiste en James Bond de quartier latin, tartinés d'une fausse ironie au goût de complaisance, n'entretiennent la plupart du temps aucun rapport essentiel (et souvent aucun rapport du tout) avec l'histoire qu'ils viennent interrompre, et ne doivent leur présence qu'à la posture vaguement proustienne de Rolin qui se targue de rechercher le temps perdu.
Se tisse alors, par association d'idées purement arbitraires, tout un réseau de relations et de références (une aventure de Pertuiset lui fait penser à une de ses amantes, mais aussi au début de Moby Dick et à une citation de Borges) qui finit par brouiller l’histoire de Manet et de son chasseur de lions, pour ne plus révéler que le monde du narrateur – ce dont le lecteur se serait passé, doutant qu’on puisse rien retrouver au moyen de court-circuitages gratuits.
Ne restent en mémoire, la lecture achevée, que quelques épisodes rocambolesques, et la musique des phrases de Rolin, qui a du style. Il n'est pas aisé, même pour de bons écrivains, de mélanger ensemble Jules Verne avec Proust – de retenter La Vie, mode d'emploi.
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