Oliver Gallmeister




On a pu le constater ces derniers mois : la tendance écolo est en pleine envolée. Serait-ce là le moment idéal pour introduire les lecteurs français au Nature Writing, genre déjà en vogue chez les Américains, et dont les origines remontent à plusieurs siècles ? Réponse avec Oliver Gallmeister, fondateur des éditions du même nom, spécialiste et passionné du genre.

 
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Fluctuat : Qu'est-ce que le mouvement du nature writing ? Comment l'identifier ?
Oliver Gallmeister : Bien sûr, les mouvements littéraires sont des créations artificielles tout droit sortie de l'imagination des éditeurs, des journalistes, des universitaires... afin de caractériser les livres, de les mettre dans des boîtes. Cela facilite leur travail. Je doute en effet qu'un auteur commence un livre en se disant « Bon, je vais écrire un beau récit de NW ». A posteriori, un auteur peut vouloir se rattacher pour tout ou partie de son œuvre à tel ou tel mouvement littéraire, mais c'est forcément réducteur. Et puis de toute façon, il n'y a que deux sortes de livres : les bons et ... les autres.
Ceci étant dit, et même s'il n'échappe pas à cette règle, on peut dire que le NW est un mouvement littéraire traditionnellement américain qui s'articule autours de livre ou d'auteurs prenant la nature comme sujet de leur œuvre, qui interrogent les rapports de l'homme avec son environnement au sens large, etc. Souvent basé sur des descriptions rigoureuses de l'environnement, il comporte une dimension philosophique fondamentale destinée à rendre à la nature la place qui lui revient. Voilà pour une définition au sens large. J'insiste sur le thème « littéraire » : le NW est une forme de littérature, et même si les descriptions de la nature y sont présentes et détaillées, il ne s'agit pas de livres scientifiques, de documents, de reportages (par exemple, Into the Wild, de Jon Krakauer est-il un livre de NW ? Même si c'est un excellent livre, peut-on parler de littérature ? Et puis qu'est-ce que la littérature ? C'est un débat sans fin).
En conséquence, il ne faut surtout pas réduire le NW à une simple dimension « écologiste » ou « naturaliste ». Même si cette dimension est évidemment présente dans ces livres, la dimension littéraire est fondamentale. Pour résumer, je dirais que le NW est la combinaison d'une forme (la littérature) et d'un sujet (la nature).
Ce mouvement littéraire est reconnu aux Etats-Unis : il existe des anthologies, des recueils de nouvelles, il est enseigné à l'université, etc. (sur Amazon, quand on tape Nature Writing il sort près de 20 000 livres).


Quel constat a présidé à la création des éditions Gallmeister, spécialisé dans le Nature writing ?
Je ne suis pas sûr qu'il ait eu un véritable « constat » très élaboré. Disons que ma démarche a été la suivante : depuis longtemps, je lisais des livres américains en VO, et j'étais plus particulièrement attiré par cette littérature des grands espaces qu'on ne trouve qu'en Amérique (ceci est en soi un raccourci, car j'adore aussi des auteurs urbains comme Fitzgerald, Philip Roth, Don DeLillo, etc. mais disons que ma préférence va très fortement vers ces auteurs dits « de l'Ouest » : Steinbeck, Hemingway, Harrison, McGuane, Crumley...)
Mon seul constat a été de me dire que « Tiens, ces livres ne sont pas traduits en français. Et puisqu'ils me plaisent, ils plairont peut-être à d'autres. Pourquoi ne pas créer une maison d'édition sur ce sujet ? ». C'était donc une démarche extrêmement réfléchie.

Quel bilan tirez-vous de ces premières années ?
Essentiellement un bilan positif : les livres et la maison ont été très bien accueillis par les libraires, puis la presse, et les lecteurs. Je constate qu'il y a un certain nombre de lecteurs fidèles qui suivent chaque parution de la collection NW. Je crois que les livres ont un certain écho, qui semblerait confirmer qu'il y aurait un attrait général pour ce type de littérature. La maison se porte bien, elle s'installe peu à peu (modestement) dans le paysage éditorial. Pour autant, j'essaie de ne pas m'« encroûter » : la collection AMERICANA (dirigée par Philippe Beyvin) est un nouveau défi d'envergure, car il faut tout reconstruire (une légitimité, un lectorat, etc.). À suivre, donc...

Le Nature Writing est-il spécifique aux Etats-Unis, à cause de la topographie du pays, de son Histoire ? Pourrait-on trouver un équivalent français ?
Oui, je crois que le NW est un genre spécifiquement américain. Et non, je ne vois absolument pas d'équivalent français. Il y a bien sûr des écrivains voyageurs francophones, mais ce n'est pas la même chose : ils écrivent sur des expériences vécues ailleurs, alors que le NW ne s'intéresse pas outre mesure à la dimension voyageuse. Les auteurs de NW décrivent très souvent leur environnement immédiat, leur quotidien : on est donc aux antipodes de la littérature de voyage, même si ces auteurs partagent sans doute une sensibilité commune.
Il n'y a pas d'équivalent français du NW, tout simplement parce qu'il n'y plus de « nature » en France. En France, nous avons la « campagne », mais plus de nature sauvage (sauf peut-être en haute montagne et bien sûr en mer), donc on n'a pas d'écrivains de nature...

Propos recueillis par Fabrice Colin.

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