L'Autoportrait Bleu de Noémi Lefebvre



Critique

Note du livre Amour rêvé au septième ciel

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Amour rêvé au septième ciel



Noémi Lefebvre condense le récit de L'Autoportrait Bleu en 1 heure 50, le temps d'un vol Berlin-Paris. La narratrice rêve une histoire d'amour jamais concrétisée, au rythme d'allers-retours entre 2009 et les années 20 berlinoises. Un premier roman aux postures intéressante.
 
Dans La Modification de Michel Butor (10/18), le héros s'offrait le temps d'un aller-retour Paris-Rome en train, le loisir de changer d'avis sur son amour et la direction de sa vie. Noémi Lefebvre, avec son Autoportrait Bleu, condense elle le récit de son héroïne en 1 heure 50, le temps d'un vol Paris-Berlin, le temps surtout de désapprendre la langue de Schönberg et de retrouver son accent parisien, en se disant que finalement elle n'a pas perdu grand chose. Dans cette dilatation temporelle-là, ce temps spécifiquement créé pour l'occasion, elle expose aussi : une histoire d'amour avec un pianiste contemporain qui n'aura pas lieu (Allô Nancy Huston ?), une relation pas évidente avec sœur et père, et le sentiment que la musique dilue l'espace en remodelant le temps : "Quand le rythme de la musique change, les murs de la ville tremblent", disait déjà Shakespeare.

L'héroïne de Lefebvre reste anonyme, comme tous les autres personnages qui forment cette histoire, et agissant comme au fond d'un cerveau reptilien. Avec son désir déçu qui la laisse pantoise et démunie, elle revient sans cesse sur le pianiste qui, regardant l'Autoportrait bleu de Schönberg (la toile) trouve la force de se poser dans l'Histoire et d'y jouer sa note. L'écriture virtuose brouille sans cesse les cartes de la narration passant de 2009 aux années vingt berlinoises, d'avant le fascisme, pour revenir et se déployer dans un nouvelle direction.

Tout ce temps condensé est diffracté par chaque personnage qui vit sa propre temporalité, ses propres enjeux et envies. Elle ne saura l'atteindre, lui ne pourra se faire à l'idée d'un changement qu'elle aurait manifesté et ne fera donc rien qui lui aurait permis de se rapprocher. Et comme dans un rêve, chacun repartira sur son propre tempo à ses habituelles obligations, lui trouvant ailleurs ce que le désir ne lui a pas offert et elle qui finira par se dire, tout pathos oublié à l'atterrissage, que puisque cela n'a pas eu lieu, cela ne devait pas avoir lieu... Un drôle de fatalisme qui clôt ce récit - un peu végétatif côté féminin et hésitant à ses début - en le faisant pencher du côté masculin. Pourtant, si l'hésitation du compositeur ne pose pas de problème - du fait de son son expression et de sa création - celui de l'héroïne-victime qui se laisse agir sans jamais être actrice, prend d'entrée le lecteur à rebrousse-poil. Comme si l'image d'une femme du XXIe siècle pouvait être réduite à cela, un rêve dans le rêve d'un autre...

Récit clos, énervant de tant de circularités, en même temps que tenant la gageure d'une musique qui se joue en s'offrant et se refusant autour de l'Histoire, la famille et l'amour. Un des grands romans de la rentrée. C'est dit !
 
L'Autoportrait bleu, de Noémi Lefebvre. Editions Verticales. 
 
JP Simard 
Le 28 septembre 2009

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