Hallucinante accumulation de faits plus ou moins insignifiants séparés entre eux par des virgules, Je mange un œuf déconcerte par son minimalisme et sa radicalité. "je rentre à Lausanne, je suis sur l'autoroute, je pense à N., je suis sur mon balcon, je fume un joint, je regarde le soleil se lever, je lui écris un petit mot, je me couche à côté de lui " Et ainsi de suite sur près de 150 pages ! Toutes les actions se valent et se nivèlent. Le narrateur, étudiant dans une école d'art, couche avec des garçons, mange de la raclette, boit, fume des joints, s'emmerde, voyage à Londres, en Grèce, roule à vélo, fait ses courses, visite des galeries. Les noms de marques, de magasins et de lieux lausannois envahissent le récit.
Et pourtant le charme opère. Le lecteur entre dans le rythme comme un danseur sous un stroboscope. Si la littérature est la mise en scène du temps qui passe, alors Je mange un œuf est un chef d'œuvre.