Anansi Boys de Neil Gaiman



Critique

Note du livre Neil Gaiman - Anansi Boys

Lecteurs

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Neil Gaiman - Anansi Boys



Peut-on emmener la comédie fantastique en vacances ? Oui, nous répond notre chroniqueur, parti bouquiner le dernier Gaiman à Paris-Plage.
Sur les forums : le fil science-fiction, incontournable.

Les ouvrages de Mr Gaiman sont désormais bien connus et reconnus de nombre de lecteurs et ce à travers à le monde. Or, trop souvent, on associe la littérature fantastique et Neil Gaiman aux univers sombres, aux caves humides, aux étendues désolées où soufflent parfois un vent glacial, annonciateur de mort. Par paresse, on cristallise un peu sur le côté froid et humide de l'imaginaire goth du créateur de Sandman.
Pourtant les pulps ne sont pas toujours des sous-genres de romans noirs. Les grottes inquiétantes, les îles mystérieuses, la touffeur des jungles, tous ces lieux surexploités dans les romans d'aventures bon marché américains appartiendront aussi désormais à l'univers de l'auteur de Neverwhere.

Imaginez. Ceci est une plage. En rang serré les juillettistes, leurs enfants et qui sait les vôtres peut-être se pressent. Il fait chaud. Les gens transpirent. Suivant votre revenu, les serviettes sont plus ou moins espacées et l'expédition plagiste plus ou moins fournie en accessoires pratiquement impossibles à trimballer (du jokari au bateau en plastique jaune). Sur le sable, à côté de la bouteille d'eau, on peut voir un livre. C'est l'été. Vous vous souvenez de la vieille maxime : vous ne voulez pas bronzer idiot.

Légendes africaines et comédie sentimentale

Et bien partez enfin en vacances avec Neil Gaiman. Rien que pour voir la tête que vous ferez en refermant ce livre. Anansi Boys est en effet le livre de plage absolu. On arrive calmement à un mélange d'influences assumées qui nous amène à une narration empruntant sans complexe des éléments à l'occultisme vaudou, aux légendes africaines et à la comédie romantique britannique.
L'histoire de Gros Charly, un type plutôt balourd, qui se donne beaucoup de mal pour s'effacer aux yeux du monde, de peur de vivre dans la honte absolue, accroche dès le premier paragraphe. Pendant la préparation de son mariage il est confronté à la mort de son père qu'il a perdu de vue et dont l'existence a été une longue et morne excuse destinée à lui faire honte. Son vieux meurt d'ailleurs indignement sur la scène miteuse d'un karaoké de Floride pendu aux seins de jeunes touristes qui passaient. (Ce qui aurait fait plaisir à Jacques Brel).
Alors bien sûr, en réglant les formalités de l'enterrement, une poignée de vieilles femmes étranges lui apprennent que son père se trouvait être le dieu Araignée, Anansi, et que de sa divine famille, subsiste un frère ayant capté de la partie divine de son héritage, un dénommé Mygal. On lui donne aussi le moyen de le contacter- d'où apparition du dieu et début des péripéties.

Jeux de dupes entre mortels

Bien sûr, on a un mélange des genres très audacieux, fantastico-comique : en mêlant des éléments classiques, un anti-héros positif, l'environnement so british, un univers résolument magique et une intrigue de comédie sentimentale familiale classique, on aboutit à une quête des origines bien ficelée au rythme nettement plus travaillé que celui de ses premiers opus.
Mais c'est surtout dans le registre de la comédie que Gaiman se déploie vraiment. Clairement, on va de la situation sauvagement embarrassante, au portrait qui tue, en passant par une refonte maline et pertinente d'un thême vieux comme la littérature et savoureusement passé à la comédie : la substitution divine. Vous savez ce genre de jeux de dupes entre dieux et mortels qui se déroulent durant un moment donné pour obtenir une femme. En revenant sur ces contes immémoriaux de l'araignée Anansi, gardienne de toutes les histoires, Neil Gaiman, nous montre les trames de son écriture et ouvre généreusement les portes de son atelier d'écrivain.
Allez-y ! Ne serait-ce que par ce qu'Amphytrion, c'est pas le genre de mythe littéraire comique qu'on doit laisser mourir comme ça !
Jean Yves Lemesle Le 17 juillet 2006
Sur Flu - Lire un extrait de Anansi Boys - A propos de Sandman - Le forum science-fiction

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