Les fleurs du silence de Nathalie Rheims



Critique

Note du livre Fleurs fanées

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Fleurs fanées



Nathalie Rheims poursuit son itinéraire d'écrivain sans remou. Tirant le même fil névrosée que d'habitude, les Fleurs du silence se veut la tentative de renouer par la parole -l'écrit- un lien avec son père. Une littérature sans grande ambition, d'un égocentrisme qui atrophie toutes dimensions littéraires potentielles.
De Nathalie Rheims, ses éventuels lecteurs se souviennent peut-être encore de L'un pour l'autre (Galilée, 1999) ou de Lettre d'une amoureuse morte (Flammarion, 2000), brèves variations tenant à la fois du journal intime, de la correspondance et de l'errance mélancolique sur fond d'amours impossibles. De gentils fourre-tout applaudis (surtout le second) par une critique affectant d'être convaincue par les raffinements d'une écriture tout en ressassements pseudo-poétiques et en retenue savamment délétère, à la fois sobres et pompeux, tout en incidentes sensées dire le temps, ses désordres, ses désastres, l'infirmité silencieuse des âmes recluses dans leurs névroses bien-aimées. Il est vrai que ce genre de compliments ne mange pas de pain et qu'un auteur en panne d'idées, de toute façon, n'a guère d'autre solution que choisir pour lui-même le funambulisme rhétorique à une entreprise littéraire audacieuse et risquée. Nul ne serait dupe, et puis, vis-à-vis de ceux qui l'ont fêté naguère, il sait bien que c'est aussi, quand même, affaire d'honnêteté. Tout vaut mieux que la mystification, sans compter que le rabâchage du rien vaut souvent pour Paris affirmation d'un univers authentique, d'une cohérence et d'une unité louables en leur respect des académismes sacralisés par le temps : on n'y déçoit personne ; on y confirme les promesses précédemment faites ; avec un peu de chance, enfin, et pour peu qu'on lui présente son profil le plus photogénique, on séduira peut-être de façon décisive quelque aréopage de parkinsoniens sur le point de décerner leur palme annuelle. D'ailleurs, pour ce qui est de surprendre son monde, avouons qu'il vaut toujours mieux laisser faire ceux qui en ont le toupet naturel et parfois même le talent. Or, question talent, Mlle Rheims n'a que le sien, dame, et cela pourrait se résumer à une question unique depuis les premiers mots de l'humaine humanité : comment aimer ?

Les fleurs du silence participent à fond de ce charmant mystère. En fait de fleurs, un bouquet immaculé, reçu de toi à qui le livre s'adresse : Que voulaient me dire ces anémones ouvertes, quel était ton message ? s'interroge d'abord la destinataire en butte à la stupeur obligée. Une peur ambiguë et sourde monta en moi, nous est-il expliqué sans ambages. Tu me fixais un rendez-vous, mais avec qui, avec quoi ? Quant au lecteur, il se demande d'abord, lui, s'il s'agit de l'hommage tardif d'un amant repenti puis il comprend peu à peu que non : ce présent, en définitive, a été adressé par un père que l'âge, la maladie peut-être, ce qui est ici la même chose, rendent désormais soucieux d'accomplir ses ultimes devoirs auprès de celle qu'il n'a su jusqu'alors aimer autrement qu'avec la persévérance d'un mutisme imposé, comme ultime mise à jour indispensable d'un rapport au monde auquel il n'appartiendrait plus tout à fait, lui l'académicien couvert de lauriers, grand collectionneur d'œuvres d'art et écrivain à ses heures, ancien ami et confident de l'impayable Paul Morand.

Voici donc l'écriture assignée à rendre à l'auguste papa et à sa progéniture en mal de complicité la parole qui leur manqua à l'un et à l'autre, une ode à la figure mythique convoquée à chaque phrase pour tenter de retrouver le fil improbable d'un amour à coup de suppliques dont l'univocité renvoie toujours l'enfant à elle-même, à cette conscience douloureuse d'une solitude partagée que ces pages tentent d'arracher au blanc du silence.

On peut cependant penser que tout cela a déjà été écrit mille fois, et mille fois mieux par des écrivains assez ambitieux, assez géniaux pour ancrer dans ce registre les bases de leurs univers où tout le monde et partout pouvait se reconnaître, réfléchir, s'émouvoir, rêver. Rien de tel ici où l'on se sent introduit dans une affaire de famille qui, en ne décollant jamais d'elle-même, transforme le lecteur en voyeur gêné de s'être trompé de porte.

 

Didier Hénique Le 01 janvier 2008
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