Love & Pop de Murakami Ryû



Critique

Note du livre Where is love ?

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Where is love ?



Musique, fashion, design, fooding, le japon est "pop" à n'en pas douter, mais où est l'amour ? Avec Love & Pop, Murakami Ryû éclaire la face sombre d'une société aussi matérialiste qu'individualiste et se penche sur la solitude de ses contemporains.

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Murakami Ryû n'est pas un auteur consensuel. La passivité et la médiocrité l'exaspère. Durant sa jeunesse dans les années 60, le romancier japonais a du vivre l'étrange paradoxe d'une occupation étrangère sur le sol de son pays, et développer une fascination mêlée de répulsion envers les américains. Il participera brièvement aux manifestations et aux révoltes anti-américaine, mais la politique n'est pas pour lui. Elle demande trop d'abnégation. Punk avant l'heure, il préfère le chaos et le vandalisme gratuit à l'encasernement des bureaux politiques.

Cette jeunesse tumultueuse, il la raconte dans 1969, l'histoire de Ken et de ses camarades lycéens découvrant l'amour, le sexe, la lutte contre la discipline et le rock'n'roll, en toute innocence. Une innocence mise à mal dans ses deux romans suivant, La Guerre commence au-delà de la mer et Bleu presque transparent, où les protagonistes se prostitue aux G.I's américains pour quelques cigarettes en s'adonnant aux drogues dures. C'est avec son chef-d'œuvre, Les Bébés de la consigne automatique que l'auteur sort de cette thématique nostalgique, et s'attaque à la peinture sociale. Les livres suivants sont sans concession : le terrible Miso Soup, les désespérés Lignes et Parasites, ou encore la trilogie du chaos, Ecstasy, Melancholia et Thanatos.

La froideur du réel

Mais l'œuvre de Ryû est également émaillée de pauses bienvenues, de moment d'apaisement, même si le désespoir n'est jamais loin. C'est le cas de Raffles hôtel, ou de Kyoko et finalement, malgré la froideur du ton, de ce Love & Pop placé sous le patronage d'Andy Warhol. En 1996, accompagné de son ami Ishihara Masayasu, Ryû se penche sur le cas de ces jeunes filles prêtent à se vendre pour un accessoire de mode. Il explore alors le milieu des club Karaoke où se rencontrent les hommes et les filles cherchant de la compagnie, ainsi que celui des love-hôtels et des téléphone-club (telekura au japon).
 
Ces derniers sont emblématiques de la culture des rendez-vous arrangés (enjyô kosai) pratiquée par les lycéennes de l'archipel. Il s'agit de services de rencontres typiquement japonais où un client mâle paie son entrée pour se trouver seul dans une pièce équipé d'un téléphone. Celui-ci reçoit alors des appels de femmes disposés à obtenir un rendez-vous, lequel devra implicitement se conclure par des rapports sexuels rémunérés. Comme l'explique l'écrivain japonais dans sa postface, il a passé des mois à traquer de vrais jeunes femmes pour collecter leur témoignage, écouter les messages que leur laissaient les hommes, parcourir la presse féminine, etc. Minutieusement documenté, Love & Pop tient donc autant du reportage que du roman.

Roman Pop

Pour élaborer Love & Pop, Ryû utilise ces éléments tirés du réel qu'il mélange sans transitions aux réflexions de Yoshi Hiromi, la principal protagoniste du livre. Description des galeries marchandes où des hommes mûrs viennent chercher des lycéennes, dialogues des serveuses des clubs entrecoupés des ordres et requêtes des clients, extraits de coupures de presse, paroles de chansons populaires, publicités pour des produits de beauté ou des marques, descriptions de bijoux, de parfums, de vêtements et d'automobiles, se mêlent ainsi intimement aux pensés d'Hiromi comme faisant parti prenante de sa psyché. Ce qui, en un sens est bien le cas. Cette enquête poussera Ryû à s'interroger sur "la validité de la littérature". Comment, en effet, rendre compte de ce que signifie de telles pratiques dans un monde aussi évolué que le japon, sans pour autant porter un jugement moral ? "En suivant l'éthique behavioriste et journalistique", répond Ryû. Dans Love & Pop, l'écrivain n'étudie que les interactions des individus qu'il observe, jamais il ne s'identifie à eux. Le personnage central, Hiromi, n'est qu'un témoin test dans son reportage. Un symbole. Ce qui rend parfois la lecture de ce roman "pop", difficile pour le lecteur, et l'oblige en parallèle à réellement s'investir. C'est là tout l'art de Ryû.

L'apparence et l'éphémère

Par delà le procédé, qui doit donc beaucoup au pop art, comme l'auteur l'explique dans sa préface, Ryû bâtit un étrange récit en filigrane, à la fois détaché et paradoxalement chargé d'un sentiment profond de mélancolie. De fait, si Love & Pop est une radiographie sans concession d'une société japonaise immature dominée par l'apparence et l'éphémère, c'est surtout le témoignage d'un monde sans amour, uniquement dominé par des valeurs matérialistes. Une société offrant tellement peu de possibles, que des jeunes femmes en sont réduites à choisir le danger d'une rencontre avec un inconnu pour s'affranchir quelques heures de la solitude et de l'isolement auxquels, inconsciemment, elles se sentent soumises. Tout comme ces hommes, cloîtrés dans l'incommunicabilité d'un couple sans issue, préférant lâcher le salaire d'une journée pour passer une heure au restaurant en compagnie d'une femme plus jeune. Si Love & Pop s'avère finalement si poignant, c'est parce qu'il correspond au vécu de milliers d'individus et témoigne de l'incommensurable solitude des hommes et des femmes de ce pays.
 
Murakami Ryû, Love & Pop, éditions Philippe Picquier, janvier 2009.

Maxence Grugier

 

Le 15 January 2009

Sur Flu :

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Sur le web :

- le site des éditions Philippe Picquier