| . | Entretien avec Hannah Tinti |
| . | Entretien avec Simon Liberati |
| . | Entretien avec Colson Whitehead |
| . | Entretien avec Andrew Sean Greer |
| . | Entretien vidéo avec Marie Ndiaye |
| . | Les interviews Livres |
| . | Entretien avec les traducteurs de Dan Brown |
| . | Les Belles étrangères |
| . | Top des livres apocalyptiques |
| . | Berlin selon Jean-Yves Cendrey |
| . | Les écrivains à la télévision |
| . | Articles Livres |
Quelque part, dans l'est de l'Allemagne, mon grand-père paternel est en train de courir sur une plaine. les Allemands sont sur ses talons, et il a perdu une chaussure. il gèle à pierre fendre. La demi-lune baigne la paysage d'un éclat pâlot et le transforme en un labour avec des soldats frigorifiés qui s'enfoncent à moitié dans la boue. Il y a moins de trois heures, mon grand-père a dit adieu à son ami Herman Hemning. En courant chacun dans une direction, ils veulent amener leur poursuivants à se concentrer sur une seule piste. Mon père n'est pas encore né. Ma grand-mère, qui est arrivée trop tard à la prison d'Oslo, et qui n'a donc pas eu la possibilité de dire au revoir à Askild, ne l'a pas encore épousé. Officiellement, ils ne sont même pas fiancés. Bref, toute mon existence ne tient qu'à un fil passablement ténu.
Alors, il traîne ses jambes, ces moignons enduits de mort-aux-rats, il les tire du sol et les laisse retomber, au hasard. Une minute passe. Deux minutes. Askild a retrouvé son souffle, il peut se remettre à courir. Parce qu'il est vraiment temps de décamper, Askild Eriksson. Ce sont peut-être les chiens de sang, les limiers qui hurlent au loin, c'est peut-être le Katarina dont la corne perce la brume matinale en sortant du port de Bergen - un souvenir qui ressurgit sans crier gare et menace de lui couper les pattes -, ou c'est peut-être son oreille sourde qui lui a donné ce sixième sens, ici et maintenant, alors que le sort de la famille Eriksson est en jeu. : cours, bordel ! Vas-y, fonce ! Mais Askild ne bouge pas, foudroyé par ce souvenir soudain, avec sa mort-aux-rats, ses moignons et le Katarina qui maraude alentour.
Ca se présente mal : Grand-père est pétrifié sur une plaine allemande. Grand-Mère, elle, sous-alimentée, erre en Norvège, avec les gencives qui saignent et une mauvaise conscience. La compagnie de navigation, propriété de la famille depuis que son grand-père du Nordland est venu à Bergen, a sombré corps et biens. Les septs cargos ont été coulés par les Allemands, la villa patricienne a été vendue, l'arrière grand-père Thorsten est cloué au lit depuis son embolie, et Grand-Mère est obligé de travailler chez Holst, le magasin de confection, avec ses gencives qui saignent, et le sang qui gouttent sur les étoffes. "Les torpilles allemandes nous ont tous envoyés par le fond," dit Grand-Mère.
”
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z