Tête de Chien de Morten Ramsland



Critique

Note du livre Folie pas furieuse

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Folie pas furieuse



Tête de Chien de Morten Ramsland nous arrive tout droit du Danemark où il a remporté à sa sortie en 2005 un vif succès public et critique, remportant plusieurs grands prix littéraires et recevant l'honneur d'une traduction dans une vingtaine de langues. Est-il à la hauteur de la réputation qui le précède ?
Cette chronique est proposée par un lecteur dans le cadre de la rentrée des lecteurs.
 
Dingue de famille
 
Grande fresque familiale, étalée sur trois générations, à cheval sur le Danemark et la Norvège, Tête de Chien s'ouvre avec l'évasion d'Askild Eriksson, grand père du narrateur, d'un camp de concentration en Allemagne. De là, l'histoire de cette famille peu ordinaire se déroule, des premières tentatives de séduction d'Askild sur sa future femme Bjørk, à la naissance de leur premier enfant doté d'oreilles surdimensionnées, dans les toilettes familiales. On suit pas à pas l'itinéraire de cette famille loufoque et dysfonctionnelle, rongée par les travers des uns et des autres, l'alcool, le mensonge, les secrets en tout genre. Morceaux de quotidien égrenés au fil d'une chronologie chancelante préférant la rupture et l'évènement soudain à la continuité. Le tout est raconté par le petit fils d'Askild, Asger qui commence à raconter l'histoire de sa famille au moment où sa grand-mère commence à mourir.
 
Pour autant, malgré toutes les bonnes intentions de l'auteur, et la réputation élogieuse qui le précède, le roman peine à émouvoir réellement. L'on touche peut être ici plus à la subjectivité propre au lecteur qu'à toute autre chose. Dans le genre Le Destin miraculeux d'Edgar Mint de Brady Udall était autrement plus touchant, et Les Buddenbrook de Thomas Mann autrement plus passionnant.
 
L'absence d'intrigue véritable nuit à la cohérence de l'ensemble qui donne l'impression de n'être qu'un patchwork d'épisodes d'une vie familiale certes dérangée et qui peut paraître drôle mais qui en fin de compte ne suscite que de l'agacement devant tant d'efforts déployées pour d'avance mettre le lecteur dans sa poche. Les surnoms donnés à presque tous les personnages créent par exemple un ensemble désagréable malgré l'intention manifeste de rendre le récit plus plaisant à la lecture. Nous avons « Tête de Pomme », « Feuille de Chou », « la Dent Dure », « Madame Maman ». Cela contribue à créer une illusion de féerie et de douce dinguerie au premier abord et qui en devient pénible au bout de deux cents pages.

Le détail ne fait pas le roman

Le récit débute pourtant par une image saisissante et prometteuse: la fuite d'Askild d'un camp de concentration. On nous promet un secret, un certain mystère face à cette évasion, accentué par la quatrième de couverture, alors que cet épisode n'est presque plus jamais évoqué et sa résolution (si l'on peut à proprement parler de résolution) n'entraîne, à mon humble avis, que déception. L'ensemble est à cette image, rien ne vient véritablement unifier l'ensemble du récit, il n'y a presque aucune distance de la part du narrateur. Certes les personnages sont plutôt réussis et possèdent chacun des caractéristiques propres mais leurs histoires sonnent faux. On n'arrive pas à se passionner pour cette famille qui semble éviter la normalité comme on évite la peste. L'auteur a vraisemblablement voulu enchanter le lecteur par une cocasserie qui n'est que trop visible, par un refus d'aller réellement au bout de ses idées, notamment du traumatisme fondamental que fut en fin de compte le mariage entre Askild et Bjørk.

Le roman est aussi fait de petits détails enchanteurs, comme ces boîtes de conserve emplies de l'air de Bergen, ville natale de Bjørk, que son fils lui envoie alors qu'il ne lui reste que quelques mois à vivre, sonnant la fin d'une histoire qui avait débutée par sa rencontre avec Askild. Pour autant, l'accumulation de détails ne suffit pas pour composer un roman, et celui-ci manque cruellement de souffle et d'intérêt. On commence dans l'Histoire, la grande, pour ne finir que dans de petites histoires minuscules, des épisodes surnageant au milieu d'un grand flou qui peine à convaincre.

ThomZ

Le 15 July 2008

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